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cet homme a un vélo qui va bien avec ses tatouages et son smartphone

Le vélo, une certaine idée de soi

3 min
À retrouver dans l'émission

En cette veille du départ du Tour de France 2020, retour sur l'engouement hexagonal pour le vélo : la bicyclette devient un marqueur social.

cet homme a un vélo qui va bien avec ses tatouages et son smartphone
cet homme a un vélo qui va bien avec ses tatouages et son smartphone Crédits : LeoPatrizi - Getty

Je suis tombé cette semaine sur une publicité pour un magasin d’ameublement, lequel propose, pour la modique somme de 55 euros, l’achat d’une patère à vélo. Vous ne savez pas où garer votre bicyclette ? Le local de l’immeuble dédié à cet usage est plus que saturé ? Accrochez-là à un porte-manteau !

J’avoue ma perplexité quant à l’utilité d’un tel objet, surtout s’il s’agit de l’installer, comme le montre cette publicité, dans son salon. Il faut n’avoir jamais fait de vélo autrement qu’en appartement pour imaginer qu’on puisse y suspendre son engin sans dégâts collatéraux, a fortiori s’il a plu dehors et que les murs sont blancs.

Mais ce qui a le plus retenu mon attention, c’est l’argumentaire de vente. ‘’Dayde (c’est le petit nom de la patère) est un porte-vélo à l’allure remarquable. Il constitue autant une œuvre d’art murale qu’un accessoire pratique’’. Une œuvre d’art qui prend toute sa mesure lorsqu’un vélo y est suspendu, à la manière d’un tableau.

Et bien il me semble que, comme souvent, la pub en dit plus long qu’il n’y parait sur notre époque, et, en la matière, sur les raisons de l’engouement pour la bicyclette.

Par définition, on ne connait pas encore les chiffres de 2020 mais les grèves dans les transports l’hiver dernier, puis l’épidémie de Covid-19, ont fait exploser les ventes, sachant que le secteur enregistrait déjà une hausse de 10% de son chiffre d’affaires en 2019 par rapport à l’année précédente, porté par les aides à l’achat, les aménagements de voirie (il y a de plus en plus de pistes cyclables), et les préoccupations écologiques d’une partie de la population.

Mais il apparaît que cette conversion massive au vélo témoigne aussi d’une pathologie contemporaine : le souci de la distinction. Autrefois, on frimait en décapotable, aujourd’hui, on plastronne à vélo.

C’est que celui-ci ne se contente plus d’être un moyen de locomotion. Peut-être d’ailleurs cette fonction est-elle vouée à devenir secondaire, ce qui expliquerait en partie les chiffres de la Fédération française des usagers de la bicyclette, selon laquelle 1/3 du parc (9 millions de machines) est inutilisé. Le vélo déborde du cadre utilitaire qui est le sien pour devenir un élément de décor, voire un accessoire qui détermine socialement celui qui le possède.

Pour se persuader de ce changement de statut, il faut lire le beau livre que publient les éditions Tana, ‘’Vélos urbains’’. L’ouvrage, signé Laurent Belando, consiste, pour l’essentiel, en une galerie de portraits : on y voit des couples, humain et vélo, prenant la pose comme pour des photos de mode, la machine apparaissant à l’image comme le prolongement évident et glamour de son propriétaire.

Il faut dire qu’au prix de la bête, ce serait un gâchis de ne pas en faire un usage ostentatoire. C’est particulièrement vrai pour la catégorie qui connait la progression la plus fulgurante : le vélo à assistance électrique. S’il ne représente que 15% des ventes à l’unité, il agglomère 45% du chiffre d’affaires global du secteur, ce qui donne une idée de son prix : rien de valable en dessous de 1000 euros.

Certes, les collectivités locales en financent une partie, permettant l’achat de ces petits bijoux : jusqu’à 500 euros de subvention en région Ile de France. Mais on ne se pose jamais la question de savoir si c’est bien là le rôle de ces institutions que de financer des modes de transport individuels, dont le coût reste néanmoins prohibitif pour beaucoup. Le VAE n'est pas à la portée de toutes les bourses. Les transports en commun, pas moins écologiques mais plus solidaires, ne mériteraient-ils pas de mobiliser cet effort budgétaire ? Sauf à considérer que l’idée de commun a succombé à l’épidémie, et c'est un amoureux de la petite reine qui vous le dit !

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