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voilà ce qui risque d'arriver à force de foncer dans le mur

A la recherche du top modèle

3 min
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Le réchauffement climatique d’ici la fin du siècle pourrait bien être encore plus important que prévu. C’est ce qu’ont révélé mardi des scientifiques français en présentant des projections qui serviront de base au GIEC. Mais peut-on faire confiance à ces modèles ?

voilà ce qui risque d'arriver à force de foncer dans le mur
voilà ce qui risque d'arriver à force de foncer dans le mur Crédits : Getty

Des dizaines de chercheurs et d’ingénieurs, des centaines de millions d’heures de calcul, des millions de milliards d’octets de données, et à l’arrivée, un tout petit chiffre : le 7. Petit chiffre, grosse frayeur : 7, comme 7 degrés de plus sur la Terre d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère pré-industrielle, aux alentours de 1850. Voilà l’ampleur du réchauffement climatique à venir, selon le scénario du pire, celui où rien ne serait engagé pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Mais d’où sort ce 7 ? Et quel niveau de confiance peut-on lui accorder ?

Commençons par voir d’où il sort : de deux modèles climatiques français, élaborés par des équipes du CNRS, de Météo France et du Commissariat à l’énergie atomique. Un modèle, c’est un ensemble complexe d’outils mathématiques et informatisés, qui réagit en fonction des scénarios que vous lui proposez. Celui de l’inaction (on ne change rien) conduit à ce résultat de 7 degrés, soit, comme le relève le journal Le Monde, ‘’un degré de plus que ce que prévoyaient les précédents modèles en 2012’’.

Un degré, ça n’a l’air de rien, mais c’est beaucoup. Suffisant en tout cas pour passer d’une situation où vous contrôlez encore les choses à une situation totalement imprévisible. C’est ce qu’on appelle l’effet de seuil : une des raisons pour laquelle les scientifiques plaident pour limiter le réchauffement global à 2 degrés maximum : au-delà, on ne sait pas très bien ce qui peut se passer.

Et c’est justement cette incertitude qui rend délicat le maniement de ce chiffre 7. Parce qu’avant le 7, il y a le 3, 4, 5, 6 et les modèles climatiques, aussi précis soient-ils, ne pourront sans doute jamais anticiper exactement ce que provoquent ces phases intermédiaires.

Pour gommer toute incertitude, ‘’il faudrait dupliquer notre planète, en doubler la concentration de CO2 et accélérer le temps jusqu’en 2100’’. C’est la réponse, malicieuse, de la climatologue Camille Risi, dans une interview à l’hebdomadaire le 1. Oui, l’idéal, ce serait d’avoir une autre Terre, qui serve de terrain d’expérimentation, de laboratoire in vivo. Mais cette deuxième planète n’existe pas, d’où la nécessaire modélisation.

La modélisation : une science autant qu’un art ?

C'est en tout cas ce qu'affirme le prix Nobel d’économie 2018 William Nordhaus, dans ‘Le casino climatique’ : ’Une science parce qu’elle nécessite des observations précises et des théories scientifiques fiables. Un art car il faut simplifier pour capturer les détails essentiels. Comme le dit Léonard de Vinci, ‘’la simplicité est la sophistication suprême’ De ce point de vue, 7 degrés (puisque c’est ce chiffre, et seulement ce chiffre, qui retient l’attention) est suprêmement sophistiqué.

Mais, j’y reviens, quelle confiance accorder aux projections climatiques, sachant que, comme le soulignent les auteurs de l’étude, ce sont des représentations imparfaites de la réalité ? Ecoutons encore la climatologue Camille Risi, interrogée à ce sujet dans le dernier numéro du 1 : ‘’il existe dans le monde une quarantaine de modèles de climat, dont les deux français. On peut identifier des résultats pour lesquels tous les modèles s’accordent. Par exemple, selon tous les modèles, si les concentrations en CO2 étaient restées stables depuis 150 ans, la Terre ne se serait pas réchauffée. De même, selon tous les modèles, si la concentration en CO2 augmente dans l’atmosphère, la Terre se réchauffe’’. Bref, c’est leur convergence qui garantit leur crédibilité.

Pour autant, aucun modèle n’étant capable de prévoir avec exactitude le monde à venir, il peut toujours être tentant de différer l’action. C’est ce que font certains acteurs économiques face à l’incertitude. Mais c’est un mauvais calcul nous dit William Nordhaus, car ‘’en matière de changement climatique, attendre d’avoir la bonne réponse est périlleux. Cela revient à conduire à 150 kilomètres à l’heure, tous feux éteints, par une nuit de brouillard, et à espérer qu’il n’y aura pas de tournant’’

Son livre, qui vient seulement d’être traduit en français, date de 2013. 6 ans après, avons-nous appris à rouler moins vite ?

par Hervé Gardette

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