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l'horizontalité : condition nécessaire mais délétère de la transition écologique

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L'horizontalité : condition nécessaire mais délétère de la transition écologique.

l'horizontalité : condition nécessaire mais délétère de la transition écologique
l'horizontalité : condition nécessaire mais délétère de la transition écologique Crédits : kyoshino - Getty

On peut trouver beaucoup de défauts aux écologistes et aux formations politiques qui défendent leurs idées, mais on ne peut pas leur enlever le sens de l’horizontalité, qui tourne parfois d’ailleurs à l’obsession. C’est la réflexion que je me faisais samedi dernier aux journées d’Europe Ecologie les Verts à Pantin, à côté de Paris, en faisant la queue pendant de longues minutes pour pouvoir accéder au comptoir du seul bar disponible (et y boire un café…sans sucre).

Devant moi, David Cormand, l’ancien secrétaire national du parti, désormais eurodéputé, et Delphine Batho, ancienne ministre et actuelle présidente de Génération écologie, l’un et l’autre attendant sagement leur tour pour pouvoir se désaltérer. Pas de coupe-file ni de passe-droit. Je ne doute pas un instant qu’ils se seraient fait refoulés s’ils avaient tenté de passer devant tout le monde, et je ne suis pas sûr que les choses se seraient déroulées de cette manière dans d’autres assemblées.

Cette façon d’envisager le rapport à la hiérarchie, qui faisait d’une certaine manière le charme des écologistes jusque-là, s’est heurtée durant l’été à ce qu’on appelle la dure réalité de l’exercice du pouvoir. Plus exactement, la confrontation entre les codes du monde politique traditionnel et ceux importés par des militants écolos habitués à dire ce qu’ils pensent en toute circonstance a fait quelques étincelles.  Citons notamment la manif pour obtenir le départ de Christophe Girard de son poste d’adjoint à la mairie de Paris, ou encore le parallèle établi par le nouveau maire de Colombes entre la police française d’aujourd’hui et celle de Vichy.

Cette culture de l’horizontalité, qui par nature libère la parole, est très présente dans le milieu de l’écologie politique. Elle en est à fois son principal atout et son premier adversaire.

Son atout, car le chantier que représente la transition écologique (et que le gouvernement s’est fixé comme objectif, sans quoi il n’en aurait pas fait l’en-tête d’un des principaux ministères) suppose qu’il emporte l’adhésion la plus large possible. Une transition, c’est le passage d’un état à un autre. En la matière, d’un modèle de développement à un autre. Or un tel projet, structurel, quasi-civilisationnel, ne peut réussir que si la nécessité de le mener est largement partagée, voire revendiquée (souvenez-vous, a contrario, du mouvement des Gilets jaunes).

Cela suppose de la pédagogie et de la délibération. A ce titre, les travaux de la Convention citoyenne pour le climat (qui font désormais l’objet d’une écriture législative) ont été exemplaires puisqu’ils ont permis à de simples citoyens d’élaborer des propositions, ‘sans filtre’ pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron.

Mais cette nécessaire horizontalité contient aussi son propre obstacle. Elle suppose de laisser une place importante, voire permanente, au débat. Chacun doit pouvoir exprimer et faire entendre ses désaccords. Cela prend du temps, un temps précieux qui s’oppose à celui de l’urgence de prendre des décisions radicales pour lutter contre le changement climatique, comme le martèlent depuis des années les scientifiques qui travaillent sur ces questions. Or démocratie délibérative et urgence sont difficiles à faire vivre ensemble.

D’une certaine manière, Greta Thunberg est celle qui incarne le mieux cette difficulté à concilier ces deux exigences. L’adolescente, qui ne détient aucun mandat, et qui n’a pas d’autre légitimité que ses propres convictions, a néanmoins été reçue ces derniers mois par les grands de ce monde, sans que cela entame sa liberté de parole. Beaucoup ont d’ailleurs été choqués qu’une gamine se permette, du haut de ses 16 ans, de faire la leçon aux politiques.

Produit de l’horizontalité, elle n’en appelle pas moins les Etats et leurs dirigeants à agir, et à agir vite. Quitte donc à ce que ses interlocuteurs fassent preuve de verticalité, qu’ils imposent leurs décisions par le haut.

Cette équation, les écologistes y sont de plus en plus confrontés, à mesure qu’ils s’approchent du pouvoir. Il se trouve que la jeune Suédoise vient d’annoncer, après une année sabbatique, son retour sur les bancs de l’école. On serait tenté de lui soumettre, comme premier exercice de mathématique, de tenter de résoudre ce problème jusque-là insoluble.

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