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Nostalgique des petites emmerdes du monde d'avant le Covid ? Un mauvais moment à passer ?

A nos petites contrariétés

3 min
À retrouver dans l'émission

Une commande au restaurant qui n'arrive pas, une valise perdue à l'aéroport, une soirée à laquelle vous n'avez pas envie d'aller...vous aussi, le monde d'avant vous manque ?

Nostalgique des petites emmerdes du monde d'avant le Covid ? Un mauvais moment à passer ?
Nostalgique des petites emmerdes du monde d'avant le Covid ? Un mauvais moment à passer ? Crédits : Thomas Barwick - Getty

Dans le monde d’avant, si j’avais eu la possibilité de voir exaucé un seul de mes vœux, j’aurais probablement choisi le don d’être repérable instantanément par les serveurs lorsqu’au restaurant, je demande l’addition. Le restaurant, vous vous souvenez ? Ne plus avoir besoin de mimer le geste, main gauche ouverte, stylo invisible dans la droite, sourire figé d’où s’échappe un timide ‘’l’addition s’il vous plait’’, et qui, en retour, ne reçoit aucune réponse.

J’étais loin d’imaginer, il y a un an, que ce moment d’humiliation finirait par me manquer. Comme me manquent tout un tas d’autres petites contrariétés dont la crise sanitaire a fini par nous priver. Flash-back.

Au restaurant toujours. Coup d’œil sur le menu. Le serveur, qui tout à l’heure fera mine de ne pas vous voir, attend votre commande. ‘’Comment est votre blanquette ?’’, ‘’Je viens de faire partir la dernière !’’, ‘’Bon ben, je vais prendre un steak’’, ‘’La cuisson ?’’, ‘’Saignant !’’. Vous connaissez la suite : arrivée du steak, trop cuit. Toujours mieux que la carafe d’eau qui, elle, n’arrivera jamais.

Retour au bureau, que vous partagez avec d’autres collègues. Mais si, les collègues, vous vous souvenez ! Joie de l’open space et du manque d’aération. On dirait bien que Jean-Paul est encore allé au kebab ce midi : ça sent la friture. On dirait bien qu’il ne s’est pas contenté de boire une seule bière : mais tu vas TE TAIRE, Jean-Paul, j’ai besoin de me concentrer (déjà que j’ai du mal à digérer mon steak) !!

D’autant que vous avez besoin de réfléchir, pour trouver quoi répondre à Fabienne, qui vous a invité samedi soir prochain à venir diner chez elle. Déjà deux refus, un troisième et elle va se douter de quelque chose. Trouver une excuse pas trop bidon… Oh et puis ‘’on s’en fout, on n’y va pas, on improvise, on trouve que’qu’chose, on a qu’à dire à tes amis qu’on les aime pas et puis tant pis’’.

De toute manière, dimanche, il faut se lever de bonne heure, pas de grasse matinée : direction les sports d’hiver. Ahhhh, le plaisir d’aller s’entasser dans une cage à lapins gorgée d’humidité à cause de ces fichues combinaisons que vous n’arrivez pas à faire sécher ; le plaisir de retrouver chaque matin les autres résidents dans le local à ski, et d’être systématiquement le dernier à réussir à enfiler vos chaussures ; et le bonheur de faire la queue pendant des heures aux remontées mécaniques, en pensant à la soirée raclette qui vous attend ce soir à la résidence, et qui vous fera probablement regretter de ne pas être resté au bureau avec Jean-Paul.

L’année prochaine, c’est décidé, on part aux Antilles. 8 heures de trajet en avion (les avions, vous vous souvenez ?), 8 heures, pas côté couloir ni côté hublot mais à la place du milieu, entre deux sumos. On ne bouge plus. Pas grave, vous aurez tout le temps d’aller aux toilettes une fois arrivée à destination : de toute manière, votre valise s’est perdue à Roissy. De toute manière, vous n’aviez pas pris les bons habits : il va pleuvoir toute la semaine à Pointe-à-pitre.

Moi qui n’aime ni le ski, ni le fromage fondu, ni les longs trajets en avion, moi qui n’ai pas d’atomes crochus avec Fabienne, moi qui deviens invisible au moment de demander l’addition, je donnerais cher aujourd’hui pour retrouver ces moments urticants dont nous sommes privés depuis quasiment un an. Toutes ces petites contrariétés qui n’étaient pas bien méchantes.

Certes, ce n’est sans doute qu’un mauvais moment à passer, un bouleversement provisoire de nos modes de vie, une parenthèse désenchantée, mais je commence vraiment à trouver le temps long.

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