LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
faut-il instaurer de nouveaux gestes barrière entre nous et le monde sauvage ?

A propos des félins et des gestes barrières

3 min
À retrouver dans l'émission

Les sociétés humaines dérèglent l'environnement et la vie sauvage. Faut-il, là aussi, instaurer des gestes barrières ?

faut-il instaurer de nouveaux gestes barrière entre nous et le monde sauvage ?
faut-il instaurer de nouveaux gestes barrière entre nous et le monde sauvage ? Crédits : Smish Burge-Thompson / EyeEm - Getty

On peut voir en ce moment, sur une plateforme de streaming (qui pourrait servir de nom à un personnage d’Astérix), une série documentaire effrayante. ‘’Tiger King’’ raconte l’histoire, aux États-Unis, dans l’Oklahoma, d’un propriétaire de zoo, spécialisé dans les grands félins. Son nom : Joe Exotic. Lequel croupit aujourd’hui en prison pour avoir commandité le meurtre d’une défenseuse des animaux.

Ce qui est effrayant, ce n’est pas cette tentative de meurtre. Ce n’est pas non plus le look baroque de Joe Exotic, bottes de cowboy, chemises bariolées, cheveux mal décolorés et coupe mulet : nous en sommes tous plus ou moins là après un mois de confinement. Non, ce qui est effrayant, c’est la façon dont sont traités les animaux.

Quand l’interaction passe avant le bien-être animal 

Je ne veux pas parler ici de leurs conditions de captivité, qui n’ont l’air ni meilleures ni pires que dans la plupart des zoos, mais des interactions qu’on leur impose avec le public. Le climax de la visite consiste par exemple à se faire prendre en photo avec un bébé tigre ou un lionceau, joue contre joue, comme s’il s’agissait de peluches. Les pauvres bêtes passent de main en main, au prétexte que cette proximité permettrait aux enfants de mieux appréhender le monde animal.

C’est évidemment du grand n’importe quoi. Et il me semble qu’au moment où nous apprenons à nous protéger les uns les autres avec des gestes barrières, il faudrait en inventer de nouveaux dans nos rapports avec les animaux sauvages.

J’ai eu la chance d’en approcher à deux reprises dans leur milieu naturel. Une première fois au large des Açores : des baleines. Une deuxième fois dans une réserve au Bénin : éléphants, buffles, antilopes… Expérience un peu frustrante à chaque fois : pour les observer, il fallait être muni de jumelles assez puissantes, les guides restant à bonne distance des animaux pour ne pas les déranger.

Je dis ‘’frustrante’’ alors que j’aurais dû être seulement émerveillé. Apercevoir, au loin, un troupeau de pachydermes, quel spectacle ! Mais soyons honnêtes : ça ne comble pas notre appétit de sensations fortes. Nous en sommes arrivés à un point où nous voulons en avoir pour notre argent, vivre une expérience unique, ou du moins pouvoir la vendre comme telle sur les réseaux sociaux. Quel intérêt de poster une photo d’éléphant sur Instagram si elle n’est pas en gros plan ! C’est notre côté consumériste.

Se reconnecter à la nature en lui laissant l'espace qu'elle mérite 

On décrit avec une pointe de dégoût et une bonne dose de condescendance les Chinois et leurs marchés aux animaux sauvages, présentés comme des pratiques barbares d’un autre âge. Mais je ne vois pas très bien ce qui les distingue des foules qui s’agglutinent chaque été au zoo de la Palmyre, en Charente-Maritime, encerclant les espaces confinés où ses résidents en cage n’ont aucune solution de repli. Je dis cela sans le moindre mépris pour le public qui s’y rend : j’ai fait moi-même cette expérience – pénible – il y a deux ans.

Lors de sa réouverture, le zoo du bois de Vincennes, à Paris, avait fait le choix de permettre aux animaux de se soustraire au regard du public, provoquant le dépit d’une partie de celui-ci. C’est bien pourtant en termes de distanciation sociale que nous devrions repenser notre relation avec le monde sauvage. La reconnexion avec la nature suppose, même si cela peut paraître paradoxal, de renoncer parfois à entrer en contact avec elle.

C’est une des leçons à tirer de la crise du coronavirus : certains lieux devraient rester inaccessibles à la présence humaine, pour permettre aux autres animaux de s’y régénérer. Mais cela suppose d’opérer une petite révolution culturelle, de changer notre regard sur le monde sauvage. D’ériger de nouveaux gestes barrières. N’est-ce pas d’ailleurs le message que celui-ci nous adresse, en resurgissant dans nos rues tandis que nous sommes confinés ?

par Hervé Gardette 

Chroniques
8H50
3 min
La Théorie
Face à l'épidémie d'annulations, un devoir de solidarité collective
L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......