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changer de modèle agricole : il ne suffit pas de vouloir

Agriculture : vers une déclaration d'indépendance ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Tout le monde (ou presque) est d'accord pour mieux manger. Cela passe par la transition du modèle agricole. Mais vouloir ne veut pas dire pouvoir...

changer de modèle agricole : il ne suffit pas de vouloir
changer de modèle agricole : il ne suffit pas de vouloir Crédits : Robert Lowdon - Getty

Faisons un rapide sondage pour commencer. Qu’est-ce que vous préférez : manger des carottes produites localement, à base d’eau et de sueur, des carottes bonnes pour la santé et l’environnement ? Ou bien, et pour un prix identique, le même légume mais cette fois dopé aux pesticides et ayant fait plusieurs fois le tour de la Terre avant d’atterrir dans votre assiette ?

Question suivante, pour les carnivores uniquement. Votre volaille, vous l’aimez comment : élevée en plein air, nourrie à l’herbe et aux vers de terre ? ou bien poussée aux antibiotiques, et abattue avant même d’avoir pu consolider son squelette, faute de temps et d’espace pour bouger ? On me communique dans l’oreillette que, dans les deux cas, c’est la première proposition de cette alternative volontairement grossière qui l’emporte.

Evidemment, entre bien manger et mal manger, nous préférons bien manger. Vous trouverez toujours dans votre entourage (c’est le cas dans le mien) un individu qui préférerait se nourrir exclusivement de kebabs et de frites surgelées, mais ça ne fait pas une majorité.  La crise sanitaire a au moins eu le mérite de nous alerter sur la nécessaire transition alimentaire…laquelle passe par une transformation de l’agriculture. Et là encore, en dépit des apparences, c’est un projet qui est largement partagé, y compris dans le monde agricole.

Du coup, si tout le monde (ou presque) est d’accord pour verdir et assainir les champs et les poulaillers, et par effet de cliquet, le contenu des assiettes, pourquoi est-ce que cela ne va pas plus vite ? Et bien notamment en raison de la ‘’dépendance de sentier’’, c’est-à-dire le fait d’être piégé, pour l’avenir, par les décisions du passé : un phénomène parfaitement décrit dans un livre publié aux éditions Le bord de l’eau : ‘’Refonder l’agriculture à l’heure de l’anthropocène’’.

Son auteur, Bertrand Valiorgue, est professeur de gouvernance des entreprises. Il a particulièrement travaillé sur les coopératives agricoles. Et il fait le constat suivant : en France, juridiquement, les exploitations agricoles sont privées et autonomes ; les exploitants sont donc, en théorie, ‘’pleinement responsables des orientations agronomiques et stratégiques’’. Sauf que, comme souvent, de la théorie à la pratique, il y a un gouffre. ‘’L’autonomie décisionnelle’’ y est en réalité ’très relative du fait de la structure et du mode de fonctionnement des marchés qui enserrent l’activité agricole’’.

Prenez par exemple le secteur essentiel de la semence. ‘’Avant les années 80, il y avait plusieurs centaines d’entreprises dans ce secteur qui possédaient chacune un catalogue de variétés de plantes qu’elles commercialisaient sur des marchés nationaux concurrentiels et ouverts’’. Aujourd’hui ‘’trois entreprises seulement contrôlent désormais à elles-seules plus de 60% du marché mondial de la semence végétale’’.

Ce phénomène de concentration touche l’ensemble des secteurs : le machinisme agricole, les intrants sanitaires, le trading des matières premières. Le trading, c’est-à-dire l’achat et la commercialisation du café, du blé, du coton, du sucre, etc… : 90% de cette activité essentielle est faite par 4 opérateurs au niveau mondial.

Or, comme l’écrit encore Bertrand Valiorgue, ‘’cette concentration conduit à imposer des investissements spécifiques qui génèrent des situations de dépendance dont il est très difficile de limiter les effets du fait de l’importance des coûts de transaction’’. Endettés, pressurés, les agriculteurs ont d’autant plus de mal à reconfigurer leurs pratiques que leurs interlocuteurs, en situation de quasi-monopole, n’y ont aucun intérêt.

Je vous laisse découvrir par vous-mêmes les pistes imaginées par l’auteur pour sortir les exploitations de ce cercle vicieux. Elles sont évidemment de nature politique, voire révolutionnaire. Car il n’y aura pas de transition alimentaire sans déclaration d’indépendance agricole.

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