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ce couple a visiblement abusé des objets en plastique

Archéologie de nos vies en plastique

4 min
À retrouver dans l'émission

C'est la semaine européenne de réduction des déchets. L'occasion de fouiller dans les nôtres (et dans nos souvenirs).

ce couple a visiblement abusé des objets en plastique
ce couple a visiblement abusé des objets en plastique Crédits : Jonathan Knowles - Getty

Vous vous souvenez des cours de géographie, et du chapitre consacré à la composition des sols en plans de coupe ? La succession des strates géologiques me faisait à chaque fois penser à un gros gâteau d’anniversaire : une couche de génoise, une couche de ganache, une autre de feuillantine (j’imagine que les cours avaient lieu à l’heure du goûter).

Voilà à quoi j’ai songé, par esprit d’escalier, en lisant ‘’Plastique, le grand emballement’’ (Stock), le livre de la chercheuse Nathalie Gontard. Plus précisément, à la lecture de ces lignes : ‘’j’aimerais partir en exploration souterraine dans les décharges et les stations d’enfouissement de déchets. Voilà des lieux où s’entassent, depuis les années 1950, tous les résidus de la consommation humaine, et notamment les plastiques. Une sorte de gisement géologique contenant, strate par strate, la mémoire de tous les objets que nous avons produits, achetés, consommés puis jetés’’.

Idée géniale ! Formidable projet que de tenter de reconstituer, via nos déchets, l’histoire de notre civilisation consumériste. J’ai eu envie d’y apporter ma modeste contribution en fouillant, non pas dans mes ordures, mais dans ma mémoire, pour y retrouver quelques-uns de ces objets empilés les uns sur les autres au fil des années, et faire ainsi l’archéologie de nos vies en plastique.

Dans les plus basses roches sédimentaires, il y aurait des cadavres d’indiens et de cowboys. Et des petits soldats verts de l’US Army. Ces figurines nous servaient de monnaie d’échange lors des parties de billes. L'épuisement accéléré de mon stock me fit comprendre assez tôt la définition du capitalisme : l’exploitation de l’homme par ceux qu’on croyait être ses amis.

Juste au-dessus, tout un agrégat de pions, de dés, de petits chevaux, disséminés dans les boites à moitié écrasées et jamais complètes des jeux de société. Au sommet de la pile, un Rubik’s cube. Ne pas en avoir équivalait à ne pas appartenir à la communauté des vivants. Etre capable de le résoudre en moins de dix minutes vous propulsait dans celle des génies.

Son règne fut néanmoins de courte durée, détrôné, en même temps qu’arrivait la puberté, par les cassettes audio. Les K7. Premières compilations. Premières maquettes radio. Bien plus pratiques que les disques vinyles, bien moins chères que les compact discs, bien plus en plastique que la musique en streaming. Les K7, quoi !

Plus tard, la vie d’étudiant. Une toute petite chambre en cité universitaire, une toute petite plaque électrique pour faire la tambouille. Triomphe des Bolino, ces bols de nourriture lyophilisée (couscous, paëlla), dans lesquels il suffisait d’ajouter de l’eau bouillante pour avoir un repas chaud. Le monde se divise en 2 catégories : ceux qui ont connu les Bolino et les autres.

Le premier signe d’embourgeoisement consista moins dans le fait d’avoir un appartement que de posséder un frigo. Sa principale fonction fut d’y stocker de la nourriture dans des Tupperware. Lesquels suivaient une trajectoire immuable : pleins à rabord au départ du domicile des parents, vides en y retournant. Personne à l’époque n’avait entendu parler du bento.

Et voilà que tout à coup, des enfants partagent votre domicile. Vous ne répéterez pas les mêmes erreurs : leurs jouets seront en bois. Mais ils s’en fichent. Leur passion : les œufs en chocolat, avec des figurines à l’intérieur, qu’ils collectionnent dans l’espoir –sans doute- de les revendre plus tard dans une brocante, avec la collection de pin’s de leurs parents.

En creusant, j’ai retrouvé des dizaines de ces capsules jaunes, mais aussi des quantités innombrables de pots de yaourt, d’opercules, de cotons tiges, de brosses à dents et de capuchons de stylo bille. Capuchons orphelins, cela va de soi, c’est leur malédiction. La nôtre sera-t-elle d’avoir trop aimé le plastique ?

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