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vers un sauvetage inconditionnel du transport aérien ?

Atterrissage forcé

3 min
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Les avions sont cloués au sol, les compagnies aériennes demandent de l'aide aux pouvoirs publics. Mais faut-il les aider à n'importe quel prix ? Le coronavirus va-t-il modifier notre façon d'envisager les voyages en avion ?

vers un sauvetage inconditionnel du transport aérien ?
vers un sauvetage inconditionnel du transport aérien ? Crédits : Greg Bajor - Getty

Pour des raisons familiales, des amis à moi ont réussi, la semaine dernière, à prendre l’avion pour les Etats-Unis en pleine période de confinement. Cas de force majeure : c’est ce qu’ils ont plaidé auprès des autorités françaises et américaines pour obtenir une dérogation, après des jours d’attente qui leur ont semblé durer des mois.

Quelques jours plus tôt, pour peu que leurs passeports fussent à jour, ils auraient pu s’envoler sans problème. Le transport aérien, s’il ne concerne qu’une minorité de la population mondiale (environ une personne sur sept), s’est considérablement démocratisé et décomplexifié ces dernières années. Pour de nombreux passagers, c’est devenu un moyen de transport banal.

Avec le coronavirus, prendre les airs redevient un acte exceptionnel. Les restrictions d’entrée dans de nombreux pays ont pour effet de clouer les avions de ligne au sol. Et ce bien plus durablement que pour la seule durée du confinement : la compagnie allemande Lufthansa estime ainsi qu’’’il faudra des mois avant que les restrictions mondiales sur les voyages soient complètement levées, et des années avant que la demande mondiale ne revienne aux niveaux d’avant crise’’.

Dès lors, puisque, de l’aveu même des compagnies aériennes, le rattrapage va s’étaler sur une longue durée, n’est-ce pas le bon moment non seulement pour réfléchir à la place que devrait occuper l’avion dans nos déplacements, mais aussi pour prendre des décisions en conséquence, dans la mesure où cette pratique est à l’origine d’environ 3% des émissions mondiales de CO2.

Parmi les questions à se poser, pendant cette période d’atterrissage forcé, il pourrait y avoir par exemple celle-ci : le transport aérien doit-il n’être utilisé qu’en cas d’absolue nécessité ? Ou bien, si l’on préfère une formulation moins autoritaire : dans quels cas prendre l’avion peut être considéré comme une pratique superflue ? Vous avez quatre heures.

Sans aller jusqu’à des considérations qui relèvent de l’éthique, le recours à l’aérien pourrait aussi s’apprécier en fonction du principe individuel de précaution.  Ceux qui ont vu leurs voyages annulés, ou bien qui ont eu du mal à être rapatriés, hésiterons sans doute à l’avenir au moment de passer une nouvelle réservation. La crise sanitaire a entamé, au moins provisoirement, la fiabilité de ce mode de transport.

Les questions à poser relèvent aussi de décisions politiques. Les compagnies, mal en point, doivent-elles être sauvées à tout prix, comme autrefois les banques ? Ce n’est pas l’avis de plusieurs dizaines d’associations internationales qui, dans une lettre ouverte aux gouvernements, disent "Non au sauvetage inconditionnel du secteur aérien’’. On peut y lire ceci : ‘’tout soutien public doit s’assurer que l’industrie aéronautique s’aligne sur une trajectoire de 1,5°C’’, c’est-à-dire une baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre pour endiguer le réchauffement. Vraie question que celle des conditions qui doivent accompagner le soutien financier à ce secteur (soutien nécessaire par ailleurs, eu égard au nombre de personnes qu’il emploie).

Je terminerai cette chronique avec une réflexion que d’aucuns trouveront un peu perchée, mais qui m’a interpellé lorsque je l’ai lu sous la plume de l’anthropologue Frédéric Keck, dans le dernier numéro du 1. Il y fait le constat que le coronavirus, comme certains de ses prédécesseurs, nous a été transmis par des oiseaux sauvages et des chauves-souris, lesquels, écrit-il, ‘’nous envoient des signes que notre mode de consommation et de circulation n’est pas le bon’’, ‘’nous sommes malades des animaux volants parce que nous sommes malades d’être devenus des animaux volants’’. C’est évidemment un raccourci, mais, puisque nous avons un peu de temps pour réfléchir : pensons-y.

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8H50
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