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avec la Super League, l'élite du foot ne côtoie que l'élite

Super League : le foot en classe affaires

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L’élite du foot européen fait sécession. Un acte de séparatisme vivement critiqué mais qui suscite autant la défiance que la convoitise.

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avec la Super League, l'élite du foot ne côtoie que l'élite Crédits : Michael H - Getty

L'élite du foot européen fait sécession. Un acte de séparatisme vivement critiqué mais qui suscite autant la défiance que la convoitise. C’est la transition de ce matin.

Avez-vous déjà vécu l’humiliation consistant à occuper le banc des remplaçants pendant toute une saison pendant que vos coéquipiers, plus talentueux, occupent le terrain ? Pire : être sélectionné pour un match mais ne pas toucher le moindre ballon pendant 90 minutes parce que personne ne vous fait la moindre passe ? Il n’y a rien de plus inégalitaire comme expérience collective que le football (surtout quand vous jouez mal) et il n’y a donc rien de surprenant à voir une partie de l’élite se faire la belle, au prétexte que les meilleurs doivent rester entre eux pour assurer le spectacle (et se partager le magot).

12 des meilleurs clubs de foot du continent viennent donc de décider de créer une nouvelle compétition, à l’écart des autres championnats considérés comme de moindre qualité. La naissance de la Super League a été officiellement annoncée hier matin. Elle compte pour l’instant 12 clubs : 6 anglais, 3 espagnols et 3 italiens. A terme (si le projet suit son cours), ils seront 20 dont 15 permanents. Aucun club français n’a encore osé rejoindre cette entreprise séparatiste qui vient bouleverser la topographie du foot et concurrencer directement l’épreuve reine de la Ligue des champions, organisée par l’UEFA.

Une UEFA très colère. L’instance officielle du football européen a prévenu les joueurs : s’ils participent à ce championnat parallèle, ils seront exclus d’office des équipes nationales et ne pourront pas participer à la prochaine Coupe du monde. De leur côté, les factieux assurent que leur initiative profitera à l’ensemble du secteur selon le fameux principe du ruissellement, ce qui ne manque pas de cynisme étant entendu qu’il s’agit avant tout d’une affaire de gros sous, les Manchester United, Real Madrid et autres Juventus de Turin ayant pour premier objectif d’obtenir la plus grosse part du gâteau.

On peine à vrai dire à trouver des arguments en faveur de ces prétendus rebelles. Leur initiative va à l’encontre de l’approche inclusive des grandes compétitions, qui fait qu’une petite équipe peut espérer l’emporter face à une plus forte. C’est ainsi que s’écrit chaque année l’histoire de la coupe de France, qui voit s’opposer des clubs amateurs à des professionnels ; c’est ainsi que la phase finale de la Coupe du monde 2026 comptera non plus 32, mais 48 pays (ce qui permettra au passage à la FIFA d’obtenir davantage de droits télé).

Avec la Super League, l’élite reste avec l’élite et ne se mélange pas à la populace. Très peu de turn-over : c’est le règne de l’entre soi.  Une approche détestable et très largement condamnée : les réactions hostiles des instances du football n’ont d’égales que celles des clubs tenus à l’écart de cette nouvelle compétition.

On pourrait se dire qu’après tout, quand bien même une douzaine de clubs se séparent du reste du groupe, il en reste suffisamment par ailleurs pour continuer à donner du plaisir aux supporters. Seulement voilà, le problème, c’est que la Super League est très alléchante. Du très haut niveau, et donc la promesse de matches de grande intensité. L’amateur de foot aura bien du mal à résister. Tout comme les clubs qui finiront par être invités à rejoindre l’élite.

D’où le parallèle avec la classe affaires. Quand vous prenez l’avion et que vous avez un siège en classe économique, vous ne pouvez pas vous empêcher de jeter un regard méprisant lorsque, pour rejoindre votre siège, vous devez traverser la zone réservée à ceux qui voyagent en business : salauds de riches ! Mais pour peu que l’hôtesse de l’air vous annonce que vous êtes surclassé, vous acceptez immédiatement et déportez votre mépris vers ceux qui restent confinés à l’étroit à l’arrière de l’appareil.

Et bien si la Super League de football voit le jour, attendez-vous au même phénomène : une fois l’indignation passée, quel club sera capable de résister à l’appel de l’élite, au confort de la classe affaires ? Je suis prêt à prendre les paris.

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