LE DIRECT
si les castors n'étaient pas là...nous ne serions sans doute pas là non plus

Aux castors, la patrie reconnaissante

3 min
À retrouver dans l'émission

On sous-estime tout ce que le castor a pu nous apporter...

si les castors n'étaient pas là...nous ne serions sans doute pas là non plus
si les castors n'étaient pas là...nous ne serions sans doute pas là non plus Crédits : Patrik Stollarz - AFP

Ce matin je vais vous parler d’un animal qui n’est pas menacé (ou en tout cas qui ne l’est plus), et dont j’ai croisé la route à deux reprises cet été : le Castor ! Jusque-là, l’évocation de ce gros rongeur ne me rappelait pas grand-chose, si ce n’est peut-être un souvenir de lecture, celui du manuel des Castors juniors, les neveux de Donald, infatigables défenseurs de la nature bien que portant la dépouille de leur animal fétiche sur la tête (à moins que ce soit celle d’un raton-laveur).

C’est au hasard, non pas de mes promenades, mais de mes lectures, en vue de cette chronique matinale, que le castor m’est apparu dans toute sa grandeur. Le Grand Architecte, c’est lui ! Car si la main de Dieu a créé notre univers, si celle de l’Homme l’a aménagé, ce sont les dents du castor et sa queue qui l’ont façonné. 

Le biologiste Stéphane Durand lui consacre un chapitre dans son passionnant ouvrage ‘’20 000 ans ou la grande histoire de la nature’’ chez Actes Sud, dans lequel il raconte comment les forêts se sont répandues sur le futur territoire français au sortir de l’âge de glace, et comment les animaux sauvages y ont proliféré. Une profusion de nature qui doit beaucoup au castor : ‘’Que le moindre ruisseau traverse une forêt, il se trouvera toujours un castor pour l’aménager, couper du bois, ouvrir la canopée, créer une prairie humide et faire les délices de toute une flore et une faune et non des moindres puisque les élans, les aurochs et les derniers chevaux sauvages lui doivent leur principal habitat. Le castor est une bénédiction’’.

Il l’est aussi pour l’homme, nous raconte Stéphane Durand. ‘’Il est même plus que probable que (ceux) du Méolithique profitèrent du travail des castors en ramassant le bois mort accumulé et en chassant les ongulés rassemblés. Les premiers paysans ont profité des clairières de castors, au sol riche et défriché, pour semer leurs champs de céréales et bâtir leurs maisons’’.

Pour sa contribution à l’aménagement du territoire, le Castor aurait mérité qu’on lui dresse des monuments. Qu’on lui sculpte des statues. L’Homme, qui lui doit tant, a pourtant bien failli le faire disparaitre.

Une disparition observée à l’œil nu, et racontée par Archibald Belaney, plus connu, en son temps, sous le nom de Grey Owl. Grey Owl nait en Angleterre à la fin du XIXe siècle. Fasciné par les Indiens d’Amérique, il finira par en devenir un, en allant passer une vingtaine d’années de sa vie, comme trappeur, dans le Grand nord canadien.

Dans ‘’La dernière frontière’’, réédité il y a quelques années aux éditions Souffles, il raconte comment il vit disparaitre, petit à petit, les colonies de castors, décimés du fait de la valeur attribuée à leur fourrure : ‘’Les forêts étaient pleines de trappeurs…On fit sauter des huttes de castor à la dynamite…on détruisit des barrages après que les étangs eussent été pris par la glace…sans répit, les chasseurs de printemps tuèrent les femelles, laissant crever leurs petits faute de nourriture…pendant dix années, l’hécatombe se poursuivit. Puis le castor devint rare partout’’

Lorsqu’il écrit ces lignes en 1931, Grey Owl est inquiet : ‘’si le dépeuplement de nos forêts se poursuit encore quelque temps au même rythme, la faune disparaitra complètement et bientôt, on ne pourra plus contempler de bêtes sauvages que dans les jardins zoologiques et dans les ménageries’’

Le castor a bien failli disparaitre. En France, il est protégé depuis 1968. On le voit réapparaitre. Ainsi cette dépêche AFP du 23 août dernier : ‘’20h30, le jour tombe sur la Semois, un affluent de la Meuse. Soudain, une ondulation sur la mare créée par un barrage-hutte puis la nage d’un animal : le castor d’Europe est bel et  bien revenu dans les Ardennes, après y avoir disparu durant plusieurs décennies’’

J’avais envie de terminer la semaine sur cette bonne nouvelle.

Chroniques

8H50
3 min

La Théorie

Jean-Jacques Goldman et la fête du stream
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......