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à quoi ressemblerait l'écologie sans les courants de pensée qui l'ont précédée ?

Aux Lumières, l'écologie reconnaissante

3 min
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Cette chronique n'aurait pas été la même sans...toutes celles qui l'ont précédée.

à quoi ressemblerait l'écologie sans les courants de pensée qui l'ont précédée ?
à quoi ressemblerait l'écologie sans les courants de pensée qui l'ont précédée ? Crédits : kycstudio - Getty

Cette chronique n’aurait pas été la même sans ‘’La cité écologique’’, le dernier livre du philosophe Serge Audier (La Découverte). A vrai dire, elle aurait également été fort différente si, avant ce livre exigeant (par son propos et par son épaisseur), je n’avais pas lu d’autres ouvrages qui m’ont aidé à m’acclimater, progressivement, à la réflexion sur l’écologie. De la même manière, le livre de Serge Audier aurait lui aussi été tout autre sans l’héritage intellectuel sur lequel il s’appuie pour étayer son propos. Et qui sait sur quoi nous finirions par tomber en remontant au plus loin dans la généalogie de nos livres formateurs. Peut-être sur le tout premier (dans mon cas, un livre d’Enid Blyton).

Je suis toujours un peu gêné par ces néo-entrepreneurs de l’économie solidaire, issus de la génération start-up, qui investissent ce secteur comme si rien n’avait été fait avant eux. Il y avait l’autre jour à la télévision l’interview d’un jeune chanteur, qui évoquait son expérience du harcèlement à l’école. Il disait avoir plein d’idées sur ce sujet pour lutter contre ce phénomène, et il avait contacté à cet effet le ministre de l’Education nationale qui, au moment de l’interview, ne lui avait pas répondu, ce qui semblait le chagriner. Manifestement, il ne lui était pas venu à l’idée qu’en matière de harcèlement, des dispositifs existent déjà, des professionnels interviennent, et qu’il aurait pu les rejoindre sans passer directement par Jean-Michel Blanquer. Autrement dit sans vouloir tout réinventer (pour reprendre un terme à la mode).

Et bien avec l’écologie, ou plutôt avec certains écologistes, c’est parfois un peu du même ordre : avant nous, le déluge ! Puisque le modèle économique, social et politique dans lequel nous vivons nous a conduits vers la catastrophe, il faut rompre radicalement avec ce modèle. Et pour que la rupture soit la plus nette possible, il faudrait aussi en finir avec la matière idéologique qui a façonné notre mode de pensée. Selon cette logique (je résume à très gros traits), notre boulimie mortifère est liée à notre individualisme ; notre individualisme procède de la mise en avant de l’individu ; la mise en avant de l’individu est le fruit du projet émancipateur des Lumières : cet héritage-là est donc à bannir pour sauver et l’Homme, et la Terre.

C’est là qu’intervient Serge Audier. Ecoutons-le : ‘’toutes les questions écologiques se posent avec d’autant plus d’acuité qu’elles semblent absolument nouvelles…Pourtant, doit-on et peut-on repartir de zéro, tout réinventer, de l’universalisme aux droits en passant par le progrès, mais aussi de la République à la démocratie, faut-il jeter tout cela dans la poubelle de l’histoire, au motif que celles-ci nous ont conduits dans une course à l’abîme ?’’

Dès lors, si on reprend le gimmick de cette journée spéciale, on peut dire, en citant à nouveau un extrait du livre, que la pensée écologique n’aurait pas été la même sans ‘’des penseurs comme Thomas More, père des utopies du partage et peut-être ancêtre de la décroissance ; Montaigne, sceptique qui a tant fait pour décentrer l’Occident, son arrogance colonialiste et impérialiste ; Etienne de la Boétie, qui a dénoncé la ‘servitude volontaire’, et qui peut être considéré comme le très lointain ancêtre de la désobéissance civile’’ ou encore ‘’Voltaire, figure centrale des Lumières s’il en est, peut-être l’un des plus grands précurseurs en Occident moderne de l’éthique animale et du végétarisme’’.

C’est à partir de cet héritage que Serge Audier bâtit sa proposition d’un éco-républicanisme, qui donne son sous-titre à l’ouvrage. J’aurai l’occasion une autre fois de vous présenter plus longuement cette proposition qui tend à réconcilier la famille des républicanistes avec celle des écologistes. Mais en attendant, une chose est sûre : sans ‘’La cité écologique’’, le dernier livre du philosophe Serge Audier, cette chronique n’aurait pas été la même.

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