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si à 50 ans, on n'a pas son compte certifié par Twitter, on a raté sa vie ?

Certifiés conformes

3 min
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Sur les réseaux sociaux, tous les avis se valent. Sauf que comme dans tous les systèmes démocratiques, certains sont plus égaux que d’autres.

si à 50 ans, on n'a pas son compte certifié par Twitter, on a raté sa vie ?
si à 50 ans, on n'a pas son compte certifié par Twitter, on a raté sa vie ? Crédits : SOPA Images - Getty

Qu’est-ce qui me prouve, Guillaume Erner, que le compte Twitter qui porte votre nom est bien le vôtre ? Qu’est-ce qui me prouve que ce n’est pas celui d’un usurpateur ? Il y a bien votre photo en médaillon, et la mention des Matins de France Culture, mais ça n’est pas une preuve.

Si j’en suis à douter à ce point, c’est parce que votre compte n’est pas certifié. Il n’affiche pas le petit macaron bleu qui atteste de votre identité. Vous l’avez sans doute remarqué si vous êtes des familiers de ce réseau social : certains noms sont suivis de cette sorte de badge, comme un cachet de cire sur un parchemin. Et bien vous, ce cachet, vous ne l’avez pas malgré vos presque 19 000 abonnés. Ce qui nous fait un sacré point commun.

Pour ma part, je pensais avoir fait le plus dur le mois dernier en termes de crédibilité sociale en atteignant enfin, après 12 années d’effort, la barre des 10000 followers. 10 000 en 12 ans, soit un rythme étourdissant de 2,28 abonnés par jour. Un cap d’autant plus symbolique que lorsque vous le franchissez, vous changez de mode de numération : les unités et les dizaines disparaissent de votre compteur personnel, vous passez directement de 9999 à 10k abonnés. Comme si vous deveniez riche d’un seul coup.

Mais le nec plus ultra, c’est de pouvoir afficher le petit macaron bleu devant votre nom. C’est lui qui atteste de votre position dans la hiérarchie du réseau, un peu comme la légion d’honneur dans les diners mondains. Car comme l’explique Twitter dans les modalités de certification, seuls peuvent y prétendre les ‘’comptes présentant un intérêt public important’’.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que Twitter vient tout juste de réactiver cette procédure de vérification des comptes, après l’avoir suspendue pendant plus de 3 ans. Comme l’explique bien un article du Monde, il s’agissait pour le réseau de rebâtir un système d’authentification infaillible car inviolable. Et donc d’empêcher toute usurpation d’identité.

Du point de vue de Twitter, on comprend aisément l’intérêt qu’il y a garantir l’authenticité des comptes les plus importants, comme par exemple ceux de Joe Biden, d’Emmanuel Macron ou encore de Christine Lagarde, la patronne de la Banque centrale européenne : leur parole publique doit être incontestable, c’est un gage de crédibilité pour le réseau.

Mais ce qui m’étonne davantage, c’est le fait de voir certains de mes contemporains éprouver le besoin d’obtenir le fameux macaron, et de se plaindre publiquement lorsque leur demande est rejetée (car c’est à genre de jérémiades qu’on assiste depuis quelques jours). Pourquoi demander une certification ? Est-ce pour se prémunir d’une usurpation d’identité ? Personnellement, je crois que si quelqu’un ouvrait un compte en se faisant passer pour moi, je serais avant tout flatté.

A moins qu’il s’agisse d’un problème d’ego, ce qui m’étonnerait mais n’écartons pas d’emblée cette hypothèse. Cela voudrait dire que toute personne qui demande que son compte soit certifié considère que ses propos présentent ‘’un intérêt public important’’. Je ne me permettrais pas de juger ce que font les autres, mais s’agissant de mes propres tweets, j’ai bien peur qu’ils entrent presque tous dans la catégorie inverse, à savoir des propos présentant ‘’un intérêt public proche du néant’’.

Au fond, ce qui est amusant dans cette course à la distinction, c’est qu’elle montre bien que les réseaux sociaux ne sont pas aussi démocratiques qu’on le dit. Sur Twitter, tous les internautes sont égaux…mais certains sont persuadés qu’ils le sont un peu plus que les autres.

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