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avec le confinement, les bruits de la ville se détachent d'autant mieux qu'ils sont moins nombreux

Chanson de la ville silencieuse

3 min
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Il n'y a pas que la pollution de l'air qui diminue pendant le confinement. C'est aussi le cas de la pollution sonore.

avec le confinement, les bruits de la ville se détachent d'autant mieux qu'ils sont moins nombreux
avec le confinement, les bruits de la ville se détachent d'autant mieux qu'ils sont moins nombreux Crédits : Le Cercle Rouge - Getty

Bien que n’étant pas particulièrement cinéphile, j’aime aller voir des films à la Cinémathèque. Pas seulement parce que j’habite à quelques minutes à pied, mais parce qu’on y profite d’un silence absolu pendant les séances. La consommation de pop-corn y est proscrite, le moindre chuchotis vous vaut d’être excommunié par les autres spectateurs. C’est un refuge pour les ennemis du bruit.

Mais un refuge qui me manque finalement assez peu tant la ville est devenue silencieuse. Pas le silence absolu bien sûr, celui-ci n’existe pas à la surface du globe. Le bruit nous est vital, le bruit, c’est la vie. Mais Paris (comme les autres villes j’imagine) vit une expérience acoustique inédite depuis que le trafic automobile a dégringolé, emportant avec lui avec le chahut et la bouillie qui nous empêchent d’écouter.

Quand les villes se muent dans le silence 

L’association BruitParif, qui mesure la pollution sonore en Ile de France, a publié il y a quelques jours une étude, de laquelle il ressort une forte baisse des émissions d’origine anthropique depuis la mi-mars : celles liées à la circulation bien sûr (jusqu’à 90% de diminution le long des axes routiers) mais aussi du fait de l’arrêt des chantiers et de la fermeture des bars et restaurants. Une enquête (à laquelle chacun peut contribuer) vient d’ailleurs de commencer sur la perception de l’environnement sonore en période de confinement.

J’avais consacré une de mes premières chroniques épidémiques au chant des oiseaux, devenu d’autant plus audible et précis qu’il n’avait plus à subir la concurrence des bruits parasites. On pourrait en dire autant de tous les sons qui ont survécu à la propagation du coronavirus : on les subit moins depuis qu’on les entend distinctement.

Ainsi au moment où j’écris cette chronique, un orage vient d’éclater au-dessus de la capitale. Le vent dans les arbres, la pluie en rafales, ont pris de l’épaisseur, comme si la ville avait déménagé d’un coup à la campagne (pour autant qu’on puisse toujours profiter du silence à la campagne, ce qui reste à prouver). A Paris en tout cas, le paysage sonore est devenu beaucoup plus clair, comme le trait du crayon dans la bande dessinée belge.

L'espace sonore de nouveau partagé 

Depuis quelques jours, de la musique s’échappe des fenêtres du voisinage. Un jour, c’est une cantatrice qui fait ses gammes, un autre, c’est un guitariste qui reprend du Dire Straits. Nous avons aussi eu droit à du Barbara en version karaoké, à la playlist d’un fan de Julio Iglesias, et à l’instant, à un morceau de Supertramp, ‘’It’s raining again’’ (je vous assure que c’est vrai). Ça ne dure jamais très longtemps, ça n’est jamais simultané, je ne suis pas sûr que j’apprécierais en temps normal. Mais en temps confiné, c’est plutôt agréable, comme un décor temporaire, cela me rappelle ce que raconte Vinciane Despret sur la façon dont les oiseaux s’accordent entre eux pour occuper, chacun leur tour, l’espace sonore.

Il parait qu’en dépit du manque d’exercice physique et de l’accumulation des moments passés à grignoter, les Français ont à peine grossi depuis un mois. 84 petits grammes seulement en moyenne, selon l’étude d’une société d’objets connectés. L’explication : nous dormons mieux et davantage. J’y vois pour ma part un effet direct de la baisse de la pollution sonore. S’agissant des 84 grammes, je préfère ne pas vérifier.

Mais puisqu’il est question d’embonpoint, intéressons-nous, pour finir, aux baleines, qui peuvent enfin discuter sans être dérangées. Le trafic maritime est en baisse, entrainant avec lui diminution du bruit dans le monde sous-marin : jusqu’à 4 décibels au large de Vancouver, au Canada. Interrogés par The Guardian, des chercheurs émettent l’hypothèse que cette diminution du bruit des bateaux est ‘’une opportunité pour les baleines d’avoir plus de conversation, et une conversation plus complexe’’. Une acousticienne ajoute : ‘’nous sommes face à un moment de vérité. Nous avons l’occasion d’écouter, et cette occasion ne se représentera plus de notre vivant’’.

Il nous reste 15 jours, profitons-en !

*''Chanson de la ville silencieuse'' est d'abord le titre d'une très jolie chanson de Dominique A

par Hervé Gardette 

Chroniques
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