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non seulement cette image est laide mais en plus, elle troue la couche d'ozone

Ci-gît le trou de la couche d'ozone

4 min
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Le 16 septembre, c’est la Journée internationale de la protection de la couche d’ozone. Une couche dont le trou a été en partie résorbé, grâce à la mobilisation internationale

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non seulement cette image est laide mais en plus, elle troue la couche d'ozone Crédits : Getty

Une fois n’est pas coutume, je vous propose de démarrer cette chronique en chanson : Charles Aznavour désodorise son salon  Nous sommes en 1981. Est-ce que parce que les socialistes viennent d’arriver au pouvoir que Charles Aznavour cherche à arrondir ses fins de mois en se compromettant dans une publicité pour un désodorisant (au passage, ce n’est pas Michel Sardou qui aurait fait ça !) ? Ce qu’Aznavour ignore sans doute à l’époque, c’est qu’à force de pschiiiitt par-ci, et de pschiiiitt par-là, il est en train de détruire la couche d’ozone.

C’est seulement à la fin des années 70 qu’un premier trou est observé, au-dessus de l’Antarctique, à une vingtaine de kilomètres au-dessus de la tête des colonies de manchots empereurs. Et par voie de conséquence, de nos têtes à nous. Et ça c’est embêtant, parce que la couche d’ozone nous protège des rayons ultra-violets du soleil, de leurs effets délétères tels que les cancers de la peau et les maladies oculaires. Avec la couche d’ozone, nous cuisons moins vite lorsque nous nous exposons en maillot dès qu’il fait beau.

A l’époque, vous vous en souvenez peut-être, c’est un vrai choc, assorti d’une peur réelle : si nous ne trouvons pas le moyen de reboucher le trou, nous risquons de tous y passer. C’est ce sentiment d’urgence, pour cause de menace universelle sur la santé publique, qui va pousser les Etats à réagir. D’abord en adoptant un accord non contraignant, la Convention de Vienne, en 1985, qui établit la liste des gaz mortels pour la couche d’ozone.

100 000 molécules d’ozone détruites pour un parfum de muguet

Principaux coupables : les CFC, les gaz chlorofluorocarburés. Ce sont eux qui propulsent les odeurs de violette (à moins que ce soit du muguet) dans la maison de Charles Aznavour. Et qui refroidissent, dans son frigidaire, les glaçons à ajouter au whisky, lequel, les vrais amateurs le savent, ne se boit jamais sec. Avant les CFC, les anciens gaz risquaient de vous exploser au visage. Avec eux, c’est plus sûr mais la détonation, à retardement, est d’une autre ampleur : ‘’chaque atome de chlore issu de leur décomposition détruit en moyenne 100 000 molécules d’ozone’’

Toutes ces informations, je les ai trouvées dans un seul et même ouvrage : le passionnant ‘’Atlas de l’anthropocène’’, de François Gemenne et Aleksandar Rankovic, aux Presses de Sciences Po. Les deux chercheurs consacrent un long chapitre à l’ozone et à son trou, qui serviront ‘’de catalyseur à l’émergence d’une gouvernance mondiale de l’environnement’’.

En 1987, deux ans après la convention de Vienne, le protocole de Montréal établit un cadre contraignant de réduction de la production et de la consommation de ces substances nocives. C’est encore la guerre froide mais les Etats-Unis et l’URSS vont y adhérer. Le 16 septembre 2009, il y a précisément 10 ans, le protocole de Montréal, ratifié par 196 pays, devient même le premier traité universel. Il servira de modèle aux négociations à venir sur le réchauffement climatique. Et d’horizon puisque les efforts conjugués des nations vont payer : ‘’on estime que le trou au-dessus de l’Antarctique s’est réduit de plus de 4 millions de km2’’.

Alors certes, comme le rappellent les auteurs de l’Atlas, on ne peut pas entièrement dupliquer ce qui a été fait avec la couche d’ozone avec ce qu’il faudrait faire pour le climat. D’abord parce qu’à l’époque, des gaz de substitution aux CFC existaient déjà, il y avait une alternative. Mais surtout parce que ‘’l’ensemble de l’économie ne reposait pas sur les gaz CFC, comme elle repose aujourd’hui sur la combustion des énergies fossiles’’. Il n’a donc pas été nécessaire de changer nos modes de vie : nous avons continué à désodoriser nos salons et à glacer nos whiskys.

Le défi actuel est d’une toute autre ampleur. Il n’empêche : la lutte pour la résorption du trou de la couche d’ozone a montré la voie, un exemple de coopération internationale. Et ça, c’est "formi, formi, formi formidable" !

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
5 min

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