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qu'on croit dur comme fer au progrès ou qu'on croit à l'effondrement, le récit est le même

Collapsos et technophiles, même combat ?

3 min
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Les collapsologues ont en commun avec les technophiles l'idée que leur futur est inéluctable. Et tant pis pour le débat public. Illustration avec la 5G.

qu'on croit dur comme fer au progrès ou qu'on croit à l'effondrement, le récit est le même
qu'on croit dur comme fer au progrès ou qu'on croit à l'effondrement, le récit est le même Crédits : Artur Debat - Getty

Le magazine Courrier international a malicieusement republié hier un article du New-York Times de 2017. La photo qui l’illustre montre une jeune femme, membre de la communauté amish de Pennsylvanie (Etats-Unis), le nez penché sur son téléphone portable. L’article raconte comment les nouvelles technologies ont progressivement investi le quotidien de cette communauté, en dépit de son choix de se tenir à l’écart du progrès.

Evidemment, cette republication répond directement aux propos tenus un peu plus tôt par Emmanuel Macron au sujet du prochain déploiement de la 5G, et de ses opposants. ‘’La France est le pays des Lumières, c’est le pays de l’innovation’’,’j’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile. Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine’’

Je n’entrerai pas ici dans le débat –par ailleurs essentiel- autour des avantages et des inconvénients de la 5G. Ce qui m’intéresse ce matin, c’est cette opposition décrite par le chef de l’Etat entre deux positions supposées irréconciliables : d’un côté, ceux qui croient dur comme fer dans le progrès technique, de l’autre, ceux qui plaident pour une décroissance dans ce domaine. Pour faire simple : les technophiles face aux collapsologues.

Je dis ‘’supposées irréconciliables’’ car l’un et l’autre camp ne sont peut-être pas si dissemblables. Ils partagent un même récit, celui d’un futur inéluctable : on n’arrête pas le progrès, diront les premiers, on ne peut rien faire contre l’effondrement, assurent les seconds.

Cette gémellité entre les deux récits est très bien expliquée dans le dernier livre de Catherine et Raphaël Larrère : ‘’Le pire n’est pas certain. Essai sur l’aveuglement catastrophiste’’, aux éditions Premier Parallèle. Les deux auteurs, l’une philosophe, l’autre ingénieur agronome, y démontent la mécanique des théoriciens de l’effondrement, leurs approximations. Et tissent donc un lien entre le récit effondriste et celui du progrès, le second étant présenté comme le négatif du premier.

’Il s’agit de deux récits unificateurs’’ écrivent les auteurs, ‘’tous deux naturalisent l’histoire, et tous deux lui donnent un sens.’’ ‘’Que l’on fasse confiance au développement technique et économique ou que l’on soit convaincu du déterminisme systémique conduisant à l’effondrement, on a, dans les deux cas, la même conception linéaire du temps’’. Autrement dit, les deux récits oublient que l’Histoire est faite d’accidents, d’événements inattendus ; que le futur n’est pas écrit à l’avance.

Autre point commun (je cite encore Catherine et Raphaël Larrère) : ‘’tous deux sont des discours de promesse’’. Promesse que l’avenir sera meilleur que le présent : c’est évident chez les technophiles, mais c’est aussi la marque de la collapsologie, pour qui une fois passée l’épreuve de l’effondrement, la société sera plus harmonieuse.

Le plus problématique dans cette histoire, c’est l’effet que produisent ces récits sur le débat public : d’une certaine manière, ils l’interdisent. Les inconditionnels du progrès technique comme les apôtres de l’effondrement dénient toute place à l’incertitude. Or qu’est-ce que la politique, sinon la gestion de l’incertitude ?

Dans les deux cas, l’avenir est présenté non pas comme possible, ni même comme probable, mais comme certain. Comme l’écrivent encore les Larrère, ‘’on peut ainsi constater une curieuse convergence entre le TINA (There Is No Alternative) des politiques libérales à la Margaret Thatcher et la version collapsologique du catastrophisme qui fait disparaître les possibles (et donc toute alternative).’’

C’est tout le problème du non-débat autour de la 5G.

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