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le beaujolais nouveau, version british, aura-t-il un arrière-goût de menthe ?

Comme un goût de noisette, de banane...et de menthe

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Le vin anglais : un oxymore ? De moins en moins, à cause du changement climatique. Et si l'English nouveau venait concurrencer notre Beaujolais ?

le beaujolais nouveau, version british, aura-t-il un arrière-goût de menthe ?
le beaujolais nouveau, version british, aura-t-il un arrière-goût de menthe ? Crédits : Peter Dazeley - Getty

Il ne viendrait à l’idée de personne de prendre l’Eurostar jusqu’à Londres pour aller y déguster une bonne blanquette, un bœuf bourguignon, ou quoi que ce soit de mangeable. Les Anglais sont meilleurs que nous dans un tout un tas de domaines, mais quand il s’agit de passer à table, il n’y a pas photo. Idem s’agissant du vin. Comme chaque troisième jeudi de novembre, c’est aujourd’hui la sortie du Beaujolais nouveau, et pas question de franchir le Channel pour y tremper les lèvres. Le patrimoine se déguste sur place.

Sauf que nos voisins d’outre-Manche (comme on dit quand on est à court de synonyme) viennent nous chercher des noises sur notre propre terrain. Je devrais d’ailleurs dire des noisettes car, comme on peut l’imaginer, leur vin rouge primeur en aura l’arrière-goût, avec ce qu’il faut de myrtille, de banane et sans doute de menthe pour faire couleur locale. L’English nouveau (c’est le nom de ce vin), est cultivé dans le comté d’Herefordshire, sa deuxième cuvée est commercialisée ce jeudi, le même jour que notre Beaujolais : si ça n’est pas de la provocation, qu’est-ce que c’est ?

Vous me direz : avant que les Anglais nous fassent concurrence dans le domaine viticole, du gamay aura coulé sous les ponts. L’English nouveau sera au vin français ce que Johnny Halliday fut aux Beatles : un ersatz. A ceci près que l’ersatz pourrait finir par dépasser le maitre. Car la carte des vins est en train d’être bouleversée par le changement climatique. La Grande Bretagne a ainsi quadruplé, en 20 ans, la surface de ses vignes, rangeant presque au rayon des souvenirs l’époque où les marchands de vin britanniques se précipitaient en France pour faire le plein. Avec la hausse des températures, l’impossible n’est plus anglais.

Mais ce qui profite aux uns s’exerce au détriment des autres. Interrogé il y a 5 ans dans la Revue du vin de France, le chercheur Hervé Quénol notait déjà les difficultés rencontrées par les viticulteurs d’Afrique du nord pour maintenir leur activité, mais aussi le déplacement des vignes vers les zones d’altitude en Argentine, et plus largement un exode viticole vers le Nord. En France, selon l’INRAE, la Normandie, la Bretagne, les Hauts de France ont vocation à devenir des zones favorables à la culture de la vigne en 2050, au détriment des régions les plus méridionales.

Et il ne s’agit pas seulement d’un simple glissement géographique. En début d’année, une étude internationale est venue confirmer les inquiétudes de la filière, en estimant qu’avec un réchauffement global planétaire de 2 degrés (nous en sommes pour l’instant à 1 degré), la moitié des régions viticoles actuelles pourraient disparaitre. Car si le raisin aime la chaleur et le soleil, ce n’est que jusqu’à un certain point. L’excès de canicules dessèche les pieds de vigne. Seule solution pour ne pas les perdre : irriguer, à condition que ce soit possible. En théorie, les AOC n’ont pas le droit à l’irrigation, sauf dérogation.

Il n’y a pas que les ceps qui ont soif. C’est aussi le cas des ouvriers agricoles au moment des vendanges. A cause du réchauffement, celles-ci sont de plus en plus précoces : jusqu’à un mois d’avance cette année dans certaines régions françaises. Le raisin se ramasse donc en plein mois d’août, au moment des plus fortes chaleurs. Comme on peut le lire sur le site d’une coopérative de vignerons, cela se traduit par des ‘’pertes de production dans la mesure où les vendangeurs font perdre 12% en temps de récolte à cause de l’exigence de pauses dues à la chaleur’’.

Parmi les pistes évoquées pour adapter la vigne au changement climatique, il y a la réimplantation des cépages, en fonction de leur capacité de résistance aux nouvelles conditions météorologiques. Une redistribution du territoire qui vient heurter la tradition vinicole française, très attachée à la notion de terroir, ‘’dans la mesure où la région dans laquelle le vin est produit influence l’appellation qui lui est donnée’’. Encore que la tradition est peut-être en train de se perdre. En 2017, la maison de champagne Taittinger est allé planter 20 hectares de vignes de chardonnay et de pinot noir devinez où : dans le Kent, en Angleterre !!

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