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ce n'est qu'un au revoir, mes frères...

Comment ne pas rater son départ

3 min
À retrouver dans l'émission

Il ne suffit pas de partir. Encore faut-il ne pas rater son départ.

ce n'est qu'un au revoir, mes frères...
ce n'est qu'un au revoir, mes frères... Crédits : oxygen - Getty

On prête à Marie-Antoinette ces mots d’excuse sur l’échafaud, juste avant de passer de la vie à trépas, et juste après avoir marché sur le pied de son bourreau : ‘’pardon monsieur, je ne l’ai pas fait exprès’’. Imaginez : vous avez été la reine d’un puissant royaume, et la dernière phrase que vous prononcez, c’est celle-là. Avouez que c’est un peu raté comme sortie. 

Dans un registre fort différent, je repense à un des moments les plus déprimants de ma vie, il y a quelques années, le pot de départ à la retraite d’un de mes collègues (qui j’espère ne se reconnaitra pas) : pour tout buffet, des chips et des TUC, pas de discours, pas de musique, tout juste le tintement des verres en plastique. Alors, repensant aux derniers mots de l’Autrichienne et à l’ultime apéro professionnel de mon voisin de bureau, je me suis promis de peaufiner mes adieux. 

Oui, mais comment faire ? Ou plutôt, oui, mais quand les faire ?  Le dernier jour, lors de la dernière chronique ?  Ce serait logique mais trop risqué. Il suffit que le métro soit en panne ce jour-là et que j’arrive trop tard en studio ; ou bien qu’un virus inconnu me terrasse sur le chemin qui mène à la radio ; ou encore que la direction, pour éviter tout risque de débordement à l’antenne, décide de me déprogrammer au dernier moment… 

Ce qui ne serait pas déraisonnable de son point de vue dans la mesure où tout salarié, même comblé, a rêvé au moins une fois dans sa vie de quitter son boulot en disant à son patron ses quatre vérités. Un peu comme dans cette vieille pub pour le Loto où un néo-millionnaire fait irruption à moitié nu dans le conseil d’administration de son entreprise en chantant ‘’Au revoir président’’ (ce qui ne risque pas de m’arriver, je suis trop frileux). 

Attention pour autant à ne pas dire ‘’au revoir’’ trop tôt. Parce que dans ce cas, vous vous exposez à des dernières heures difficiles. '‘Tu pars ? Et ben tant mieux parce que ça fait longtemps que j’avais envie de te dire que t’es un vrai connard !!’’ Pire : dans les derniers instants qu’il vous reste à partager avec eux, ne plus entrevoir que de l’indifférence dans le regard de vos futurs ex-collègues.  Partir, c’est mourir un peu ; partir avant l’heure, c’est comme assister à ses propres funérailles. 

J’en ai fait l’expérience durant le week-end sur les réseaux sociaux. Histoire de m’offrir un petit shoot narcissique avant de tirer le rideau, j’ai vendu la mèche à mes amis sur Facebook.  J’en profite ici pour les remercier de leurs gentils messages, mais une question me taraude : pourquoi tous ces pouces levés à l’annonce de mon prochain départ ? Comment dois-je le prendre ? 

Et que dois-je dire ?  Quels mots impérissables prononcer juste avant de raccrocher le micro ? Le plus illustre des Auvergnats -après Vercingétorix- pensait avoir trouvé le sésame en se contentant d’un simple ‘’Au revoir’’ au moment de quitter l’Elysée. Ce fut son premier tombeau.  Gustav Mahler, lorsqu’il expire, pointe le doigt vers le ciel et ne prononce qu’un seul mot : ‘’Mozart’’. Devrai-je m’en inspirer pour mon dernier passage au micro ? ‘’Erner !!’’

Vous savez quoi ? Je crois que je vais réfléchir encore un peu… A demain ?

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