LE DIRECT
vers une sainte alliance entre la voiture et la chaussure ?

Convergence des luttes

3 min
À retrouver dans l'émission

Le vélo et la trottinette occupent Paris. Le piéton va-t-il s'allier à l'automobiliste pour libérer la capitale ?

vers une sainte alliance entre la voiture et la chaussure ?
vers une sainte alliance entre la voiture et la chaussure ? Crédits : Hello World - Getty

La seule fois où j’ai failli me faire verbaliser par la maréchaussée pour défaut de conduite, c’était perché sur un vélo. Pour rejoindre plus vite le domicile d’un ami, j’avais emprunté un sens interdit, apercevant trop tard, au coin de la rue adjacente, un uniforme bleu marine. Lequel uniforme servait en quelque sorte de poteau indicateur puisque je me trouvais pile à l’entrée d’un commissariat.

Je ne sais plus comment j’ai réussi à me sortir de ce mauvais pas. Mais depuis, je respecte scrupuleusement le code de la route lorsque j’enfourche une bicyclette. Du moins, pour être tout à fait précis, j’observe scrupuleusement les alentours avant de griller un feu rouge ou d’emprunter une ruelle à contre-sens.

Le plus tentant, en termes de délinquance routière, lorsqu’on est un urbain à vélo, ce sont les passages piéton, dès lors qu’ils en sont garnis, de piétons. Vous savez que vous devez vous arrêter pour les laisser passer, mettre pied à terre, attendre gentiment…mais vous passez quand même : c’est vous le patron.

C’est dire le sentiment de culpabilité que j’ai pu éprouver en lisant le dernier livre de Benoît Duteurtre : ‘’Les dents de la maire. Souffrances d’un piéton de Paris’’. D’autant que j’ai cru m’y reconnaître dès les toutes premières pages, lorsque l’écrivain raconte sa rencontre furtive avec un cycliste, qui en guise de bonjour lui lance : ‘’attention, connard, c’est une piste cyclable !’’ Le connard en question, c’était peut-être moi.

Mais non, pas de parano, nous sommes trop nombreux dans ce cas-là. Le sociologue Gérald Bronner a fait le compte. Pour les besoins de sa dernière chronique dans l’hebdomadaire Le Point, il s’est posté du côté de l’Hôtel de ville, celui de Paris, et voici son constat : ‘’sur les 661 individus observés à l’approche d’un feu rouge, seuls 198 se sont arrêtés’’.

J’ai un alibi : j’étais ailleurs ce jour-là.

Par ailleurs, il n’y a pas que des cyclistes dans le lot.

Gérald Bronner met dans le même panier tous ‘’ceux qui cheminent à trottinette, vélo ou autre monocycle électrique’’ et qui  ‘’ont intégré qu’ils pouvaient violer impunément le Code de la route. Ces chevaliers de la lutte contre les voitures se comportent souvent comme s’ils avaient plus de droit que les autres citoyens’’.

Les ‘mobilités douces’, formule qui relève de la novlangue de la transition écologique et de l’oxymore, auraient donc transformé la capitale en ‘’enfer urbain’’. Ce que confirme Benoît Duteurtre, lui qui, adepte de la promenade, peut à peine désormais flâner comme autrefois, quand les rues étaient encore pavées, les trottoirs inexistants, et que les carrioles occupaient la chaussée.

Nouvel extrait : ‘’les retraités ne sortent plus. Quelquefois, l’un d’entre eux…prend sa voiture et se hasarde sur l’unique voie autorisée où les véhicules traînent l’un derrière l’autre, sous les yeux méprisants des cyclistes. Il ferait bien de se tenir à carreau car s’il commet l’erreur de frôler un tant soit peu la piste, ce sont aussitôt dix regards furieux et dix sonnettes stridentes qui se fixeront sur lui : chauffard et pollueur…Quant aux piétons…ils doivent se montrer prudents pour ne pas se faire renverser par une trottinette déboulant à toute allure’’

Vous avez remarqué ? Dans cette défense du piéton à laquelle chacun peut adhérer, dans la mesure où cette catégorie est d’ordre universel pour qui a l’usage de ses jambes, l’automobiliste devient une sorte d’allié objectif. C’est la sainte alliance de la chaussure et de la voiture, unis face à l’ennemi commun : le barbare sur son deux-roues.

Evidemment, le livre de Benoît Duteurtre et la chronique de Gérald Bronner sont plus subtiles. Mais cette petite musique qui consiste, au prétexte de dénoncer de vraies incivilités, à faire passer pour victimes les automobilistes au même titre que les piétons est tout de même assez gonflée. Etonnante convergence des luttes, qui voit le faisan faire un pacte avec le chasseur, pour lutter contre l’emprise territoriale des marcassins.

A Paris, en moyenne, chaque année, une vingtaine de piétons est tuée sur la chaussée. Devinez comment

Chroniques

8H50
3 min

La Théorie

"Les Feux de l’amour" du soap au rite
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......