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un militant d'Extinction Rebellion à Brisbane, en Australie

Danger de l'escalade

4 min
À retrouver dans l'émission

Il y a un an, les actions d'Extinction Rebellion faisaient la Une des médias. Un an après, le mouvement de désobéissance civile peine à se renouveler.

un militant d'Extinction Rebellion à Brisbane, en Australie
un militant d'Extinction Rebellion à Brisbane, en Australie Crédits : SOPA Images - Getty

Je n’aimerais pas être à la place de Mike Horn, le célèbre ‘’explorateur’’, spécialiste des aventures extrêmes. Non pas que je ne me sente pas capable physiquement de grimper jusqu’au sommet de l’Everest à mains nues sans oxygène, ou de rejoindre le pôle Nord à cloche-pied. Mais parce qu’à sa place, je serais bien embêté de devoir trouver, à chaque fois, un exploit à réaliser un peu plus idiot que le précédent pour me faire remarquer.

C’est ainsi que le mois dernier, Mike Horn s’est retrouvé à tenter d’escalader un iceberg dans l’océan Arctique, à l’est du Groenland. Mauvaise idée : l’énorme bloc de glace s’est retourné, manquant de peu d’emporter dans sa bascule l’aventurier et son compagnon d’échappée. Moralité : à trop vouloir surenchérir, on finit par s’en prendre plein la gueule.

Et bien c’est un peu la même chose qui est en train de se passer avec Extinction Rebellion, qui vient de mener toute une campagne d’actions en France et à travers le monde, dans le but de resensibiliser l’opinion aux questions écologiques, et d’inciter les gouvernements à agir. Deux ans après sa création, ce mouvement de désobéissance civile semble à son tour réduit à devoir escalader des icebergs pour faire encore parler de lui.

Parmi ses derniers coups d’éclats, il y a eu notamment, la semaine dernière, la tentative de bloquer l’accès au ministère de la Transition écologique à Paris. On a pu voir s’y déployer une banderole sans nuance dénonçant les ‘’ministères écocidaires’’, un peu de peinture verte maculer un bout de mur, et y entendre cet avertissement adressé à la ministre : ‘’nous ne sommes pas dans le même camp’’, ce qui est tout de même étrange comme interpellation. En juin dernier déjà, les militants s’étaient surpassés en escaladant (décidément) les grilles du ministère de l’Intérieur, pour y accrocher cette autre banderole énigmatique : ‘’moins de LBD, plus de navets’’. Ou encore le mois suivant en accompagnant un groupe de danseurs, déguisés en animaux, pour une chorégraphie au jardin des Plantes à Paris aussi réjouissante qu’inutile.

Car voilà bien une des limites de cette organisation, dont la notoriété express s’est construite sur un mot d’ordre, la désobéissance, et sur des opérations toujours plus originales pour attirer l’attention des médias (lesquels, après s’en être délectés, sont passés à autre chose). Au fond, à quoi sert-elle ? Quel est son programme ? Au-delà de la dénonciation de l’inaction des Etats, nécessaire, peut-être, mais pas suffisante, que propose-t-elle ? Sur le site de l’organisation, on trouve une courte liste de revendications, dont celles-ci : ‘’réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025’’, ‘’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres’’ : et sinon quoi ? 

Je ne mets pas ici en doute la sincérité de l’engagement des militants. Il se trouve que j’ai participé il y a un peu plus d’un an à une soirée qui regroupait une partie de l’antenne de l’est parisien de XR, et je n’y ai croisé que des personnes de bonne volonté, sincèrement préoccupées par l’avenir de la planète, et soucieuses de donner un peu de temps à cette cause. C’est d’ailleurs un des attraits qu’exerce Extinction Rebellion, par rapport à d’autres organisations plus installées, que sa structure très décentralisée et sa souplesse dans ses conditions d’entrée. Pas de bulletin d’adhésion, pas d’organigramme, pas d’obligations de venir militer à heures fixes : chacun participe en fonction du temps dont il dispose.

Cette forme d’engagement, qui relève un peu de l’esprit start-up dans la recherche obsessionnelle de formes innovantes, n’est pas propre à XR. Elle s’inscrit dans une tendance plus large : c’est ainsi que les mouvements, par exemple, ont tenté de se substituer aux partis politiques traditionnels. Mais il faut croire que les structures plus anciennes avaient aussi du bon. Interrogée dans Libération, Clare Farrell, une des confondatrices d’Extinction Rebellion au Royaume-Uni, admet qu’’’aujourd’hui, notre mouvement doit devenir plus politique’’. Sage décision.

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