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pour rendre les villes plus attractives, agrandissons la taille des chambres à coucher!

Dans la chambre à coucher, c'est la taille qui compte

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Le télétravail se développe mais les logements restent les mêmes. Pourquoi ne pas les agrandir ?

pour rendre les villes plus attractives, agrandissons la taille des chambres à coucher!
pour rendre les villes plus attractives, agrandissons la taille des chambres à coucher! Crédits : Henrik Sorensen - Getty

J’ai reçu l’autre jour un communiqué de presse faisant la réclame pour un ‘’micro-bureau’’ au ‘’format optimisé pour les tout petits espaces’’, ‘’spécialement conçu pour le télétravail’’. Argument de vente : vous devez bosser de chez vous mais vous n’avez pas la place. Nous avons la solution : le micro-bureau !

Voilà une innovation qui, à première vue, relève du bon sens. Dans un petit appartement, le mobilier se cale sur le nombre de m². Mais pourquoi ne pensons-nous pas à poser la question autrement ? Plutôt que d’adapter nos nouvelles conditions de travail à l’espace dont nous disposons, pourquoi ne pas faire l’inverse ? Autrement dit, pourquoi jouer sur la taille des bureaux plutôt que sur celle des logements ?

Vous allez me dire : parce que je n’ai pas les moyens de m’acheter un appartement avec de plus grandes pièces. Oui, d’accord, mais vous êtes-vous jamais posé la question de savoir pourquoi les pièces de nos appartements ne sont pas plus grandes ; pourquoi les chambres, qui ne peuvent obtenir cette appellation qu’à condition de faire au moins 9 m² ne dépassent pas, la plupart du temps...9 m² . Si la loi imposait un minimum de 12 m², avouez que ce serait plus confortable.

Passer de 9 à 12, et plus largement, augmenter la taille minimum des logements, c’est justement ce que propose l’architecte et urbaniste François Leclercq, eu égard au développement du télétravail. Selon lui, une telle loi aurait pour avantage de réduire mécaniquement la part de la charge foncière dans le coût final (bonne nouvelle pour l’acheteur), et pour effet de rattraper notre retard sur nos voisins belges et allemands : leurs appartements sont en moyenne 10 m² plus grands que les nôtres.

Pourquoi cet écart ? Tout simplement parce que nous nous sommes mis à construire plus petit. Pour comprendre, il faut remonter aux années 70. C’est à ce moment-là que la taille moyenne de nos logements se met à diminuer. D’abord parce qu’il y a pénurie : il faut construire beaucoup, faire du chiffre. Surtout parce que, pour les promoteurs, il est beaucoup plus rentable de construire de petits logements.

Prenons un exemple : vous avez un projet d’immeuble à base de 3 pièces. Pour la même surface au sol, vous pouvez construire soit 20 unités de 70 m², soit 23 de 60 m². Et bien vous allez en construire 23, parce qu’en réduisant la taille de chaque appartement, vous augmentez le prix de vente du m², donc vous gagnez plus d’argent.

Le problème, comme me l’a expliqué François Leclercq, c’est que ces petites surfaces ont fini par devenir la norme dans les projets urbains, norme d’autant plus répandue que le marché de la construction est peu régulé, et qu’il est trusté par une poignée de grands groupes qui ont intérêt à dupliquer leurs modèles au maximum. Et c’est ainsi que vous vous retrouvez aujourd’hui, vous et vos enfants, à vivre et travailler H24 dans des pièces trop petites.

Oui mais est-ce bien écologique que de vouloir des logements plus grands ? Si la superficie de ma chambre passe de 9 à 12 m², je vais dépenser davantage d’énergie pour la chauffer : mauvais bilan carbone.

Et bien je vous réponds : artificialisation des sols. Chaque année en France, de 20 000 à 30 000 hectares de terres naturelles ou agricoles disparaissent, pour moitié du fait de l’étalement urbain. La loi Climat, tout juste envoyée au Conseil d’État, veut lutter contre ce phénomène. Mais cet objectif se heurte à un désir, d’autant plus fort que la crise sanitaire est passée par là : celui d’aller vivre à la campagne, en dehors des villes. Le confinement a donné un nouveau souffle au rêve pavillonnaire : avoir sa maison, son petit bout de jardin, c’est le projet que caressent à nouveau nombre de citadins.

Comment les retenir en ville, rendre celle-ci plus attractive, et ainsi lutter contre cet étalement, véritable catastrophe environnementale ? Et bien en augmentant la taille des logements pour les citadins, en faisant des chambres de 12 m² plutôt que 9. Car dans la chambre à coucher, c’est bien connu, c'est la taille qui compte.

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