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une forêt vierge à la place de la gare de l'Est : et pourquoi pas ?

Dans la tête de Benjamin Griveaux

4 min
À retrouver dans l'émission

Et si la proposition farfelue de Benjamin Griveaux de déplacer la gare de l'Est en banlieue était une invitation à faire preuve d'audace et d'imagination...

une forêt vierge à la place de la gare de l'Est : et pourquoi pas ?
une forêt vierge à la place de la gare de l'Est : et pourquoi pas ? Crédits : Hiroshi Watanabe - Getty

Détrompons tout de suite les grandes oreilles du CSA : ceci n’est pas un spot publicitaire pour la campagne de la République en marche à Paris. Cette chronique est moins dictée par des convictions politiques que par un souci de justice : Benjamin Griveaux ne mérite pas qu’on s’acharne autant sur sa proposition farfelue de déplacer la gare de l’Est en dehors de la capitale pour la remplacer par un espace vert.

Certes, les infrastructures appartiennent à la SNCF. Certes, déplacer la gare de l’autre côté du périphérique coûterait très très cher. Certes encore, l’avantage du train, c’est justement de vous conduire au plus près du centre-ville, et de le faire de manière écologique. Oui mais que valent ces objections, ces hommages rendus à la raison, face au caractère improbable, et donc empreint d’une certaine poésie, de cette proposition de créer une forêt vierge en plein Paris ?

Ce dont souffre la politique aujourd’hui, ce n’est pas d’un manque de réalisme, mais d’un trop plein. Victoire posthume du rocardisme. Or pour se projeter dans l’avenir (avenir qu’on nous promet sombre à cause du réchauffement climatique), il faut aussi de la fantaisie, du déraisonnable. Plus l’avenir est incertain, plus il devrait stimuler l’imagination. Certaines des propositions liées à l’écologie ont justement cette capacité d’en réinjecter un peu dans le grand cirque électoral, et il n’y a aucune raison de penser que ce n’était pas l’intention première de Benjamin Griveaux.

Illustration : dans son ‘Histoire amusée des promesses électorales, l’écrivain Bruno Fuligni évoque ainsi la figure de Jules Depaquit. Ingénieur, illustrateur, Depaquit s’installe dans le quartier Montmartre à Paris et en devient le ‘’maire-dictateur’’ de sa Commune libre. La fonction est certes honorifique mais la campagne qu’il conduit à l’époque (nous sommes en 1920) ferait sans doute beaucoup de bien aux actuels Parisiens.

Listons quelques-unes de ses promesses : anéantissement des gratte-ciel ; culture intensive de champs de blé ; construction de toboggans pour descendre la butte Montmartre ; suppression des mois de décembre, janvier et février : plus jamais d’hiver ; les pots de fleurs aux fenêtres devront être transformés en pots de vigne ou en pots de vin (oui, en pots de vin !).

En 1981, la candidature de Coluche à la présidentielle masque celle de l’excentrique Maurice Mercante, lequel se présente comme ‘’le paladin de la joie de vivre’’. Excentrique… pour l’époque : il dénonce les méfaits de l’automobile, propose que des allées cavalières soient creusées pour la circulation des calèches et promet que ‘’les voitures seront interdites dans les grandes villes du vendredi 20h au lundi 5h du matin’’ ; que les Champs Elysées seront ‘’’interdits les jours de semaine à tous véhicules’’ sauf ceux d’urgence : pas si farfelu en fait.

Il faut oser proposer l’impossible pour se libérer de la contrainte du réalisme, qui enferme la pensée et contraint la créativité. D’où l’intérêt de prendre au sérieux les propositions fantaisistes : qui sait ce que l’avenir leur réserve. Elles ont par ailleurs une vertu pour le temps présent : elles obligent les contraintes à se dévoiler. Affirmer que c’est impossible ne suffit pas, il faut expliquer pourquoi.

Qui aurait sérieusement pensé par exemple il y a quelques années qu’on pouvait rendre entièrement gratuit les transports publics d’une agglomération ? Impossible financièrement. C’est pourtant ce qu’ont réalisé des villes comme Aubagne il y a 10 ans, ou celle de Dunkerque il y a un peu plus d’un an, avec succès : une idée que d’autres collectivités envisagent de reprendre à leur compte.

Il faut quand même admettre qu’a contrario, certaines promesses écologiques, qui paraissent crédibles, peinent à se réaliser. Les Parisiens se souviennent de celle que leur avait faite Jacques Chirac en 1988 : dans les trois ans, il se baignerait dans la Seine. Aujourd’hui encore, même les poissons hésitent à le faire.

A la fin des années 1970, au Québec, le parti Rhino tente de bousculer le jeu politique avec son programme, loufoque, fortement teinté d’écologie. Aux élections locales, ses dirigeants proposent par exemple, pour mettre fin à la crise de l’énergie, de réduire les coûts de transport ‘’en déplaçant la ville de Montréal de 50 km vers l’ouest et celle de Toronto de 50 km vers l’est’’. C’est dire si, finalement, Benjamin Griveaux la joue petit bras.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
3 min

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