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le risque climatique : risque majeur selon le forum de Davos

A Davos, le rayon vert

4 min
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Le World Economic Forum se tient à Davos à partir de demain. Comme chaque année, il publie en amont un rapport sur les risques mondiaux.

le risque climatique : risque majeur selon le forum de Davos
le risque climatique : risque majeur selon le forum de Davos Crédits : Katsumi Murouchi - Getty

On mesure l’ampleur d’un déclic à la qualité des acteurs qui en sont les témoins. A ce titre, le prochain forum de Davos est un bon indicateur de la prise de conscience massive de la réalité du changement climatique. Pour la première fois, le rapport publié chaque année sur les risques mondiaux est entièrement focalisé, pour le long terme, sur les risques environnementaux. Si le monde économique s’en préoccupe à ce point, c’est que cela doit être sérieux.

Ce n’est pas la première fois que le Forum de Davos place cette question dans sa liste des risques susceptibles de déstabiliser l’économie mondiale. C’était déjà le cas l’an dernier. Mais cette préoccupation en côtoyait quatre autres, parmi lesquelles les tensions géopolitiques et les tensions sociétales. Rien de tel cette année : dans le top 5 de leurs inquiétudes pour les dix prochaines années, les milieux économiques interrogés placent, dans l’ordre, les phénomènes météorologiques extrêmes, l’échec des politiques climatiques, les catastrophes naturelles, la perte de biodiversité et les dégâts environnementaux causés par l’homme : on croirait un rapport de Greenpeace ou d’Oxfam (Oxfam qui, au passage, publie ce matin son rapport annuel sur les inégalités mondiales)

A plus court terme, c’est-à-dire pour la seule année 2020, ce sont les tensions politiques entre pays, et à l’intérieur des pays, qui sont considérées comme les plus préoccupantes par les milieux économiques, mais préoccupantes parce qu’elles empêchent de prendre les mesures de long terme pour lutter contre le dérèglement climatique.

Qu’on ne s’y trompe pas : la prise de conscience n’est pas dénuée d’arrière-pensées. Si le monde des affaires s’intéresse autant désormais aux questions environnementales, c’est parce qu’il aurait beaucoup à perdre à ne pas le faire. D’abord parce que les entreprises, tout comme les particuliers, peuvent être directement victimes des effets de ce dérèglement : incendies, inondations, températures caniculaires,…autant d’éléments qui perturbent le bon fonctionnement de l’économie.

Mais aussi parce que ‘’dans un avenir proche, nous assisterons à une réallocation significative des capitaux’’ vers la finance verte. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Larry Fink, le patron de BlackRock. BlackRock, vous en avez entendu parler à propos de la réforme des retraites, c’est le numéro un mondial de la gestion d’actifs, soit plus de 7000 milliards de dollars. Chaque année, il écrit aux dirigeants d’entreprise dont il gère les intérêts. Et en 2020, il leur a écrit ceci : ‘’Nous vérifierons que les entreprises gèrent et surveillent correctement ces risques’’ et ‘’nous voterons plus volontiers contre…les administrateurs des entreprises ne faisant pas assez de progrès en matière de rapports sur le développement durable’’.

Là encore, ne pas être naïf. Le patron de BlackRock n’a pas été visité par le Saint-Esprit Vert. Sa conversion tient à la fois d’une stratégie marketing, et d’un calcul financier : si les grands investisseurs réorientent leurs capitaux vers des activités moins carbonées, il faut d’abord y voir le fruit d’arbitrages économiques : l’argent va naturellement là où il promet d’être le plus rentable.

Ce sont ces mêmes arbitrages qui les conduisent à évaluer financièrement les services rendus par la nature. Un des responsables du groupe Zurich Assurances (un des principaux assureurs mondiaux) fait ainsi ce calcul : ‘’Les écosystèmes biologiquement diversifiés capturent de vastes quantités de carbone et fournissent des avantages économiques massifs, estimés à 33 trillions de dollars par an’’, soit 33 milliards de milliards de dollars. Cela vaut donc le coût de les protéger : CQFD.

On peut voir dans cette approche une forme de cynisme, le monde de la finance et celui des entreprises se réveillant bien tardivement, et seulement parce que l’analyse coût-avantage les y conduit. Mais à vrai dire, peu importe la nature des intentions, ce qui compte, ce sont les effets produits. Ce qui ouvre la voie à une autre réflexion : quels peuvent être les effets d’une politique d’investissements massifs dans la transition écologique ? Certains voient dans la finance verte un pur oxymore : ce sera l’objet d’une prochaine chronique.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
4 min

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