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De l'art délicat de fixer des objectifs et de s'y tenir

4 min
À retrouver dans l'émission

Selon l'ONU, la trajectoire des politiques climatiques actuelles pourrait conduire à un réchauffement global entre 3 et 4 degrés d'ici 2100. Mais comment fixer des objectifs tenables de réduction de gaz à effet de serre ?

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... Crédits : Nealworld Gaming / EyeEm - Getty

L’heure des résolutions de fin d’année approche. D’après mon IMC, mon Indice de Masse Corporelle, et sachant que je vais m’octroyer quelques excès au moment des fêtes, j’estime à six le nombre de kilos qu’il me faudra perdre avant d’atteindre les prochaines vacances d’été. En cas de non-respect, mes proches sont autorisés à afficher ma photo, de profil, dans tout l’immeuble, et à m’obliger à suivre un régime.

On verra bien si ces objectifs et ces contraintes sont plus efficaces que les autres années : d’habitude, je vise deux kilos en moins, sans changer fondamentalement ma façon de manger. Et à vrai dire, je suis partagé : est-ce que je dois me fixer un seuil ambitieux et contraignant au risque de ne pas l’atteindre, ou bien être moins audacieux mais, du coup, prendre des risques pour ma santé ? Dois-je viser l’efficacité ou la nécessité ?

Et bien, quitte à faire un parallèle extrêmement audacieux, voilà qui nous renvoie au sommet européen de cette fin de semaine, et au 5e anniversaire de l’accord de Paris sur le climat.

Commençons par le sommet. Les 27 se réunissent aujourd’hui et demain à Bruxelles. Ils doivent convenir ensemble d’un nouvel objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, à l’horizon 2030. La Commission européenne propose de les réduire de 55% au lieu des 40% actuels, le Parlement européen de 60%. Le Royaume-Uni, désormais en dehors des discussions, met la pression à ses futurs ex-partenaires : Londres vient de fixer la barre à moins 68%. Qui dit mieux ?

Si l’on se place du côté de la nécessité, ce sont les Britanniques qui ont raison. Pour maintenir le réchauffement global de la planète à 1,5 degré par rapport aux niveaux préindustriels, il faut augmenter considérablement les efforts. Selon le dernier bilan du Programme des Nations Unies pour l’Environnement publié hier, la trajectoire actuelle des politiques climatiques nous conduit plutôt vers une hausse entre 3 et 4 degrés. 

Mais à quoi bon placer la barre aussi haut si c’est pour rester en dessous, et se retrouver en situation d’échec ? Cette question, dérangeante, Dominique Finon, spécialiste de l’énergie et du climat, la pose dans une tribune que vient de publier Le Monde. ‘’L’objectif de 40% était déjà difficile à atteindre car il impose de réduire en 10 ans les émissions de 24% environ, soit l’équivalent’’ de ce qui a été obtenu en 30 ans ‘’à la faveur de l’effondrement des infrastructures industrielles très émettrices des ex-pays communistes d’Europe centrale’’.  Pour atteindre les nouveaux objectifs, estime Dominique Finon, ‘’il faudrait (donc) mettre en place dans chaque Etat membre des moyens de coercition sur les industries, les services et les populations’ : ‘’une servitude écologique insupportable’’

On n’est pas obligé d’être d’accord avec cette approche mais je vous conseille néanmoins de lire cette tribune, qui pose des questions intéressantes. Des questions dont certaines s’étaient d’ailleurs posées au moment de la COP21. Il y a 5 ans, comme me l’a rappelé la chercheuse au CNRS Catherine Le Bris, c’est sur la base du volontariat et non de la contrainte que fut bâti l’accord de Paris sur le climat : à chaque pays le soin de fixer ensuite des objectifs nationaux, ces objectifs ne figurant ni dans le texte de l’accord, ni dans ses annexes, ce qui leur ôtait du coup toute valeur contraignante.

Si cette solution, plus souple, fut adoptée, c’est parce que l’absence de contrainte permettait d’embarquer un maximum de pays, et donc de donner à cet accord une portée symbolique et politique beaucoup plus importante : il faut se souvenir de ce que fut ce moment, lors de sa signature, le 12 décembre 2015.

Alors bien sûr, le revers de la médaille, c’est que cinq ans après, le compte n’y est pas en matière de réductions mondiales de gaz à effet de serre. Mais y aurait-il eu un accord (et donc malgré tout un cadre juridique), si dès le départ, des objectifs ‘’trop’’ ambitieux avaient été imposés ? C’est toute la question de l’équilibre à trouver entre ce qui est nécessaire et ce qui est atteignable, entre ce qui favorise l’action et ce qui la décourage. On s’en reparle l’été prochain.

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