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Haroun Tazieff à la bagarre avec des climato-sceptiques

De l'inconfort d'avoir raison trop tôt

4 min
À retrouver dans l'émission

Où il est démontré que certaines archives peuvent être cruelles...rétrospectivement !

Haroun Tazieff à la bagarre avec des climato-sceptiques
Haroun Tazieff à la bagarre avec des climato-sceptiques Crédits : VINCENT AMALVY - AFP

Il ne suffit pas d’avoir raison pour être entendu. Encore faut-il avoir raison au moment où les autres sont prêts à vous entendre. De Copernic à Galilée en passant par Giordano Bruno, l’histoire des sciences est riche de ces visionnaires qui se heurtèrent à l’incrédulité de leurs contemporains. Et pourtant, elle tourne !

Et pourtant, elle brûle ! C’est peut-être ce qu’a dû penser Haroun Tazieff en quittant le plateau des Dossiers de l’écran, le 4 septembre 1979. Ce jour-là, le célèbre vulcanologue participe à une émission consacrée à ‘’L’Antarctique, continent vierge’’. L’animateur, Joseph Pasteur, relaie la question d’un téléspectateur, qui s’inquiète du réchauffement climatique. Pasteur se tourne vers Tazieff, lui demandant si des éruptions volcaniques pourraient faire fondre la banquise. Tazieff lui répond : les volcans, non, la pollution et le réchauffement, oui : 

HT :  la pollution industrielle dégage des quantités de produits chimiques de toute nature dont une énorme quantité de gaz carbonique, et cette quantité se propage dans l'atmosphère et risque de faire de l'atmosphère une espèce de serre... 

J-YC : ...c'est un baratin ça, l'histoire des CO2, c'est entendu, on en fabrique beaucoup, mais il y a quand même des correcteurs automatiques

L’INA vient de remettre en ligne un court extrait des échanges tenus ce soir-là sur Antenne 2. Celui qu’on entend en arrière-plan, c’est Jacques-Yves Cousteau. ‘’C’est du baratin’’ : c’est Cousteau, le commandant, à qui le grade va si bien tant son ton est péremptoire. Celui qui occupe à l’époque les écrans de télévision avec son ‘’Odyssée sous-marine’’ ne dissimule rien de son exaspération. Et il remet ça quelques instants plus tard :

JP : répondez à la question d'Haroun Tazieff, est-ce que depuis la mise en place de la civilisation industrielle, le risque n'est pas réel ?

J-YC : écoutez les amis, le risque ne vient pas tellement du CO2, on commence à me casser les oreilles avec cette histoire de CO2. Il y a des risques bien plus graves, avec les pluies de scories, qui changent la teinte, la couleur de la glace. Ca, c'est beaucoup plus grave parce que ça permet à la glace d'absorber la chaleur et de fondre, mais ce sont des impuretés qui n'ont rien à voir avec le CO2!

Evidemment, 40 ans après, il n’y a plus de match : la vérité a changé de camp, celui qui convainc, c’est Tazieff, celui qui passe pour un arrogant, c’est Cousteau. Mais en 1979, il en est autrement. Le langage des corps est d’ailleurs éloquent : le commandant de la Calypso déploie ses arguments d’autorité bien calé dans son fauteuil, quand le vulcanologue tente de se faire entendre en s’avançant sur son siège, avant d’y renoncer.

A la décharge de Jacques-Yves Cousteau, il n’est pas le seul ce soir-là à faire douter des prévisions d’Haroun Tazieff. Sur le plateau, il y a aussi Claude Lorius, glaciologue reconnu, grand connaisseur de l’Antarctique pour l’avoir parcouru. Oui, admet-il, l’industrie émet du CO2, mais non, la banquise n’est pas menacée :

CL : je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce point de vue un peu catastrophique. D'abord, l'Antarctique, on sait qu'il y a de la glace dessus depuis une 10aine de millions d'années, et on sait qu'il n'a pas beaucoup varié depuis 5 millions d'années. Même un réchauffement de 2 à 3 degrés centigrades, ça n'aurait pas une incidence catastrophique.....en ce qui concerne la glace, je crois qu'il faut quand même bannir cette idée que les calottes de glace sont forcément instables à de très courtes échelles de temps.

Les connaissances dont la science dispose aujourd’hui de manière certaine, et auxquelles le grand public a accès, sont cruelles et pour Claude Lorius, et pour Jacques-Yves Cousteau. Le nouveau rapport du Giec ce mercredi, sur les océans et la fonte des glaces, devrait en témoigner.

Mais il serait trop simple d’accabler ces deux personnalités, qui ont contribué à faire mieux connaitre et comprendre la planète. Ce qui est intéressant avec cette archive de l’INA, c’est de voir à quel point, en un temps pas si long finalement, notre connaissance des phénomènes liés au réchauffement climatique a progressé, au point d’être capable, rétrospectivement, de ‘faire la leçon’ à des hommes de science. Et s’il fallait en tirer une morale, ce pourrait être la suivante : si le pire n’est jamais certain, ce n’est pas toujours du ‘baratin’.

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