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Et voilà, encore un train qui va partir en retard !

De l'influence des baisers prolongés sur la ponctualité des trains (au temps du mass transit)

3 min
À retrouver dans l'émission

Où il sera question de trains, de mass transit, de nudge et de baisers volés

Et voilà, encore un train qui va partir en retard !
Et voilà, encore un train qui va partir en retard ! Crédits : Getty

Quiconque a déjà pris le métro parisien aux heures de pointe comprend le sens du mot ‘’promiscuité’’. Expérience physique…et chimique puisqu’elle permet de valider la théorie selon laquelle, au-delà d’un certain seuil, le mélange de parfums de synthèse et d’odeurs corporelles tourne à l’avantage des secondes.

Il va pourtant falloir s’y habituer. Conséquence inéluctable de la métropolisation. Les villes grandissent, elles s’étalent de manière concentrique, et avec elles, le réseau de transports en commun. N’en déplaise aux automobilistes, la voiture ne sera pas la solution pour déplacer des millions de voyageurs au quotidien.

C’est ce qu’on appelle le ‘’mass transit’’, autrement dit le transport de masse en zone dense, et à haute fréquence. Sur un territoire comme l’Ile de France, appelé à se confondre avec le Grand Paris, ce sont chaque jour plus de 3 millions de personnes qui prennent le train pour leurs déplacements régionaux : un flux massif de passagers qui, individuellement, peuvent enrayer cette énorme mécanique de précision.

Comme l’explique Alain Krakovitch, le directeur de SNCF Transilien, dans son livre ‘’Métropolitrain’’, le moindre grain de sable a des répercussions en chaine. ‘’Chaque incident, même un retard minime, se répercute de train en train’’. Car dans ces zones de forte urbanisation, les distances entre les gares sont courtes, les retards, même minimes au départ, ne peuvent être rattrapés. Ils ont même vocation à s’amplifier. C’est l’effet papillon appliqué au trafic ferroviaire. 

A la SNCF, on estime que 20 % des délais sont liés à des comportements inadaptés de voyageurs, souvent involontaires. Prenons un exemple : votre fiancée repart chez sa mère, elle est montée dans son wagon, vous restez seul sur le quai, le train s’apprête à démarrer, la porte n’est pas encore fermée, votre cœur se serre, vite, une dernière étreinte, un dernier baiser, le moment se prolonge, il faut toute la force du contrôleur pour vous faire redescendre. Moins d’une minute s’est passée…mais par votre faute, réaction en chaine, un autre train finira par être annulé.

C’est tout l’enjeu du mass transit d’éviter que des milliers de baisers volés ne viennent perturber encore davantage un réseau au bord de la saturation, et qui va continuer à suffoquer.

C’est ici qu’intervient le nudge. Un nudge, qu’est-ce que c’est ? C’est une fausse mouche au fond d’un urinoir. Les garçons ont l’esprit de compétition : ils visent l’insecte. Pour peu que celui-ci soit bien positionné, au centre, vous limitez les éclaboussures : c’est toujours ça de moins à nettoyer. 

Appliqué au mass transit, le nudge consiste à faire prendre aux voyageurs les bonnes décisions, à bien viser, pour fluidifier les flux. Prenons l’exemple de la gare de Paris Saint-Lazare. Des portails d’accès aux quais viennent d’y être inaugurés. Un  équipement ‘’pensé pour s’adapter aux flux importants de voyageurs, avec entre 35 et 40 passagers par minute’’ ‘le double des portiques actuels. Encore faut-il que votre devancier ne bloque pas le passage, tout occupé qu’il est à farfouiller dans son sac pour y piocher son titre de transport. Ici, le nudge prend la forme d’affichettes sur lesquelles on voit un cowboy et une cowgirl dégainer leur billet de train, plus vite que leur ombre. Ca n’a l’air de rien, mais il parait que ça marche.

Vous allez me dire, nudge ou pas nudge, ça ne changera rien au fait que les trains sont de plus en plus surchargés. Si, un peu quand même : gagner en fluidité, c’est permettre à chacun d’accéder à sa rame en toute tranquillité. Sans courir, sans stresser…et donc sans transpirer.

Chroniques

8H50
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