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comment traduire le dernier rapport du Giec ?

Do you speak le Giec ?

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Il y a un mois, le Giec publiait un rapport spécial sur l’impact du changement climatique sur l’océan et la cryosphère. Le document de synthèse vient seulement d’être traduit en français : par des bénévoles !

comment traduire le dernier rapport du Giec ?
comment traduire le dernier rapport du Giec ? Crédits : Juanmonino - Getty

Youna Marette fait partie de ce petit groupe de lycéennes belges à l’origine des mobilisations pour le climat. Je l’ai croisée à Montpellier, début juillet, aux Rencontres de Pétrarque. Je lui demande : ‘’quel a été le déclic de votre engagement ?’’ Sa réponse tombe comme une évidence : j’entendais parler du réchauffement, j’ai voulu en avoir le cœur net, du coup, j’ai lu le dernier rapport du Giec.

Basique, mais pas si simple. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les travaux du groupe d’experts sur le climat ne sont pas accessibles en un clic. Essayez pour voir de taper ‘Giec’ dans votre moteur de recherche : il vous renverra vers de nombreux sites, sauf celui que vous recherchez. C’est que Google ne le connait que sous son acronyme anglais : IPCC, Intergovernemental Panel on Climate Change.

Ce n’est que le premier obstacle pour les non-anglophones. Le site de l’IPCC propose pourtant un onglet qui vous permet de choisir entre plusieurs langues : arabe, chinois, français, russe, espagnol. Mais les pages sont ‘en construction’ ! Rien ou presque en français : il faut se munir d’une très grosse loupe pour repérer le lien qui vous conduit, depuis peu, jusqu’à la version française du résumé du rapport d’octobre 2018.

C’est dire l’intérêt du travail fourni par Isabelle Bégou, Daniel Suchet, Roseline Descout-Renier et quelques autres. A eux huit, ils ont traduit la synthèse de la dernière publication du Giec, sur l’océan et la cryosphère, un mois seulement après sa publication. Vous pouvez la consulter depuis hier sur la bibliothèque en ligne Wikisource. Un travail collaboratif pour un résultat d’utilité publique.

Le premier à avoir eu l’idée s’appelle Brice Montagne. C’est un militant écologiste, il intervenait en février dernier devant le parlement du Luxembourg, dans le cadre de l’examen d’une pétition sur l’interdiction des plastiques à usage unique. Aux députés qui lui font face, il pose cette question :

Le rapport du Giec a été publié en automne 2018, il détaille tout ce que nous devons faire, et tout ce à quoi nous avons affaire. J'ai une question pour vous : qui a lu ce rapport ? Pas des extraits, pas des coupures de presse. Qui a lu ce rapport destiné aux femmes et aux hommes politiques ? Si vous l'avez lu, je souhaiterais que vous leviez la main afin qu'on puisse voir à quel point la connaissance qui est nécessaire est répandue.

Dans la salle, aucune main ne se lève. Pour se justifier, les parlementaires luxembourgeois diront ensuite qu’ils n’avaient pas compris ce qu’était le Giec, ayant l’habitude de parler de l’IPCC. C’est comme ça, m’explique Brice Montagne, que m’est venue l’idée : on va vous traduire le rapport en français, comme ça, vous n’aurez plus d’excuses.

Un appel est alors lancé sur les réseaux sociaux, une équipe de traducteurs bénévoles est créée. En quelques petites semaines, elle va accoucher d’une traduction citoyenne du rapport du Giec d’octobre 2018, sur les conséquences d’un réchauffement de plus de 1,5°C à l’horizon 2100. On peut suivre, sur une des pages du site Wikisource, les échanges entre les traducteurs, leurs désaccords, leur méthodologie.

A ceux qui doutent encore de la fiabilité de ces outils d’intelligence collective, il faut préciser que ce travail, essentiel, s’est fait en concertation avec le Giec. La climatologue Valérie Masson-Delmotte est une de ses membres. Elle a suivi de près le processus : ‘’je n’ai pas validé ces traductions’’ me dit-elle ‘’mais j’ai soutenu l’initiative car c’est un travail assez extraordinaire. Il faudrait s’inspirer, pour nos traductions officielles, de cette approche collaborative’’. Elle ajoute : ‘on s’est posé la question d’un résumé des rapports du Giec pour les citoyens, mais cela reste encore à l’état de réflexion. Cela pose en tout cas la question de comment communiquer pour le grand public’’. Question essentielle s’agissant de la crise climatique. Car comme le résume bien Brice Montagne : ‘’si on n’a pas accès à l’information, on ne peut pas décider de manière rationnelle’’.

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