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les plus de 85 ans seront 3 fois plus nombreux en 2050 qu'en 2020

En attendant la réouverture des dancings

3 min
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La France vieillit. Mais elle n'est pas à l'aise avec la vieillesse.

les plus de 85 ans seront 3 fois plus nombreux en 2050 qu'en 2020
les plus de 85 ans seront 3 fois plus nombreux en 2050 qu'en 2020 Crédits : jennifer m. ramos - Getty

Comme chaque année à pareille époque, je suis allé souhaiter la bonne année à un de mes oncles, qui habite la maison à côté de celle de mes parents. Veuf depuis deux ans, il appartient à une tranche de la population vouée à un bel avenir, du moins sur le plan statistique : les plus de 85 ans. En 2050, ils seront trois fois plus nombreux qu’aujourd’hui, soit (d’après les estimations) 4,8 millions d’individus.

Depuis son veuvage, mon oncle, bon pied bon œil, fréquente les dancings. Deux fois par semaine. Sauf que le Covid-19 est venu interrompre cette occupation. ‘’En attendant qu’ils rouvrent’’ m’a-t-il confié, ‘’je m’entraine à danser seul dans mon salon. Mais tu sais, c’est dur d’attendre, parce que les années comptent double quand on est vieux’’.

Cette confidence m’a particulièrement ému : elle témoigne du poids de la solitude au moment du grand âge. Mais elle révèle aussi une anomalie et une injustice : alors que le choc épidémique aurait dû servir d’électrochoc sur les enjeux du vieillissement, de cette transition démographique majeure, la question a été laissée de côté. Pire : les personnes âgées, qui ont payé (et qui payent encore) le plus lourd tribut à la pandémie, se sont vues reprocher leur vulnérabilité, sur l’air de ‘’c’est votre faute si nous sommes confinés’. Comme si, en échange de sa protection, la société leur imposait de ne pas faire de vagues.

La Fondation Jean Jaurès publie aujourd’hui un court essai, intitulé ‘’Etre vieux : relégation ou solidarité’’. Ses auteurs rappellent ce scandale absolu qui a consisté, au début de l’épidémie, à ne pas prendre en compte les chiffres de mortalité dans les Ehpad pour dénombrer les victimes du virus : ‘’on ne peut s’empêcher d’y voir l’effet culturel du phénomène d’une mort habituellement cachée’’.

Cette mise à l’écart ne concerne pas seulement les personnes en établissement. La relégation touche aussi ‘’les autres vieux, ceux qui sont dépendants, diminués, mais vivent chez eux’’, et en deviennent ‘’encore moins visibles’’. Comme si, là encore, la société était incapable d’assumer le discours officiel qui veut que tout doit être fait désormais pour maintenir les personnes à domicile plutôt qu’en maisons de retraite, trop souvent à l’écart du centre-ville. Car vieillir à domicile ne devrait pas vouloir dire ne plus sortir de chez soi. Or l’invisibilité du grand âge tient aussi dans l’insuffisance des aménagements. Et pas seulement lorsqu’on vit à dans des zones isolées.

Prenez les transports à Paris. Les usagers du bus le savent bien : c’est le domaine des personnes âgées, lesquelles jouent des coudes et des cannes pour s’y asseoir en premier. Plus d’une fois, leur empressement, pas toujours aimable, m’a agacé : ‘’elles peuvent pas prendre le métro, comme tout le monde ?’’ Et bien non, elles ne peuvent pas, car de nombreuses stations sont difficilement accessibles. Et il en va du métro comme des escaliers d’immeubles, comme des trottoirs sur la chaussée, comme des rues sans bancs pour s’y asseoir, comme des pistes cyclables difficiles à traverser : des obstacles parfois insurmontables, qui participent de cette invisibilité.

Certes, la France a voté, fin 2015, la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement, qui vise à améliorer les conditions de vie des plus âgés et de leurs proches. Mais comme le notent les auteurs du livre, le texte s’attache surtout à valoriser, non pas les vieux, mais le marché qu’ils représentent, les opportunités économiques : ‘’voilà l’accompagnement social du vieillissement transformé en investissement stratégique industriel, faisant naitre l’image d’un humain vieillissant strictement réduit à sa fonction de consommateur/producteur’’.

Selon le baromètre 2019 du CSA, alors qu’elles représentent 21% de la population, les personnes de plus de 65 ans et plus ‘’ne sont présentes sur les écrans de télé qu’à hauteur de 6%’’. Quand il ne s’entraine pas en attendant la réouverture des dancings, mon oncle regarde la télévision, refuge d’autant plus essentiel au temps du confinement. Que voit-il à l’écran ? Des gens qui ne lui ressemblent guère.

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Bibliographie

Vieillir : relégation ou solidarité ?

Vieillir : relégation ou solidarité ?Chloé Morin et Daniel PerronFondation Jean Jaurès - Editions de l'Aube, 2021

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