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la somme des petits gestes fait-elle une politique ?

Engagez-vous, qu'ils disaient

3 min
À retrouver dans l'émission

France 2 proposait mardi une soirée spéciale : ‘’L’émission pour la Terre’’. Si l'initiative est louable, l'exaltation du bon comportement individuel n'est-elle pas significative d’une époque qui, en rendant l’individu responsable de l’ensemble des maux la société, démonétise l’action politique ?

la somme des petits gestes fait-elle une politique ?
la somme des petits gestes fait-elle une politique ?

Pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté dans mon propos, je tiens d’abord à préciser que je trouve très bien qu’une grande chaîne de télévision populaire comme France 2 consacre une soirée entière à l’état de la planète. Qu’elle le fasse avec les artifices de la télé, pour échapper au symposium, c’est la loi du genre. Et même le côté factice de la démarche 100 % écoresponsable, le temps d’un programme, ne m’a pas gêné, même si :

Ce soir, le décor, il est végétal, il est écoresponsable. Le mobilier a été loué, il sera réutilisé, pas d'achat unique, pas de gâchis. Pas de gobelets, que des gourdes. L'éclairage du plateau a été pensé pour limiter la consommation électrique. Le maquillage utilisé est bio et naturel.

Passons sur le maquillage bio des animateurs, le décor en bois, et l’exemplarité supposée de la télé. Après tout, si c’est une façon d’entamer une réflexion plus globale, pourquoi pas ? Non, ce qui m’a gêné dans ce programme, c’est ce qu’il dit, en creux, de la façon d’aborder aujourd’hui les grandes questions politiques, devenues une affaire d’individualités plutôt que de délibérations collectives.

Je m’explique : l’émission d’avant-hier consistait à décliner, exemples à l’appui, une série de ‘’gestes simples mais fondamentaux pour répondre aux problématiques environnementales’’. Geste n°1 : ‘’ne manger ni viande ni poisson au moins un jour par semaine’’. Geste n°2 : ‘’acheter des fruits et légumes de saison’’. N°3 : ‘’remplacer sa bouteille en plastique par une gourde’’, et ainsi de suite jusqu’au n°10 : ‘’mettre son chauffage à 19°C maximum’’

Chacun de ces gestes était soumis à l’approbation ou à la désapprobation des téléspectateurs. Surprise : à la fin de l’émission, tous (sauf celui de voyager sans prendre l’avion pendant un an) sont largement validés. Nagui, le présentateur, est enthousiaste :

On le voit, les Françaises, les Français, sont prêts à se mobiliser pour la planète et à agir, à ne pas être seulement spectateurs de ce qui se passe mais être acteurs.

Encore une fois, Nagui, très bon animateur ; les gestes à faire, d’accord pour s’y engager. Mais, quitte à passer pour un grincheux, cette exaltation du bon comportement individuel me pose problème. Elle est significative d’une époque qui démonétise l’action politique. Et qui rend l’individu responsable, non seulement de ses actes (ce qui dans certains cas, les psychiatres le savent, peut se discuter) mais aussi responsable de l’ensemble des maux la société.

L’appel à une société de vigilance, souhaitée par le chef de l’Etat (et dont vous parliez hier avec vos invités) s’inscrit dans la même logique. Le discours sous-jacent est le suivant : si ça se passe mal, ce sera votre faute ! Il y a là me semble-t-il une forme de contamination des politiques de solidarité par une approche à l’anglo-saxonne, qui met à mal notre conception de l’Etat providence, conçu pour nous protéger.

Je ne dis pas que la crise climatique ne peut être résolue qu’à partir de décisions venues d’en haut.  Mais faire de la somme de ce que peut faire chaque individu l’alpha et l’omega des politiques pour l’environnement est une illusion, pour ne pas dire une tromperie.

Par esprit d’escalier, cette émission m’en a rappelé une autre, plus ancienne. Nous sommes en 1984, François Mitterrand est au pouvoir, le chômage est massif, la rigueur nous a surpris au tournant. Sur Antenne 2, Yves Montand nous fait la leçon : bougez-vous les fesses :

Voyez-vous, je ne sais si nous vous avons convaincu. Mais moi je retire une idée de tout ça : c'est que finalement, tout ce qu'on peut dire, tout ce qu'on peut faire, en définitive, c'est vous et vous seuls qui trouverez la solution. Y a pas de sauveur suprême, y a pas de super caïd, y a pas de superman, c'est vous, prenez-vous par la main, sachez ce que vous voulez, demandez-le, voyons ce qu'on peut faire, et avancez !

On n’en était tout de même pas là mardi soir sur France 2. Et la présence, comme invité fil rouge, de Nicolas Hulot, s’est révélée salutaire. Mais à quand une grande émission politique sur le changement climatique ? 

par Hervé Gardette

Chroniques
8H50
3 min
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