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cet été, on reste en France...et l'année prochaine ?

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C'est bientôt le début du déconfinement, l'occasion de penser aux prochaines vacances. Va-t-il falloir s'habituer à voyager en bas de chez soi ?

cet été, on reste en France...et l'année prochaine ?
cet été, on reste en France...et l'année prochaine ? Crédits : teekid - Getty

Ce devaient être, cet été encore, les rives de la Baltique. 3e séjour presque d’affilée dans le nord de l’Allemagne, un des rares endroits sur Terre où l’on peut passer du temps sans jamais entendre parler français. 

L'obligation de repenser les itinéraires de vacances 

Pour une raison qui m’échappe autant qu’elle me réjouit, mes compatriotes ne songent que rarement à franchir le Rhin pour y prendre leurs vacances. En ce qui me concerne, la barrière linguistique (je parle très mal allemand) est une des conditions du dépaysement, lequel est à son tour une des conditions du voyage. Partir, c’est mourir un peu, dit le poète. Je dirais plutôt que partir, c’est s’oublier beaucoup, bien plus en tout cas que de rester confiné chez soi pendant des semaines, dans un dialogue permanent avec soi-même.

Mais l’épidémie est ainsi faite qu’elle nous oblige (pour ceux qui avaient les moyens de le faire) à repenser nos itinéraires. L’incertitude est telle quant aux possibilités de traverser les frontières, voire de passer d’une région à une autre, qu’il va falloir se restreindre à un périmètre beaucoup plus modeste, et faire du tourisme pour ainsi dire en bas de chez soi.

Est-ce que c’est une mauvaise nouvelle ? S’agissant de l’activité touristique, c’en est une, assurément. Un emploi sur onze dans le monde dépend de ce secteur. Or l’Organisation mondiale du tourisme a publié hier ses projections pour 2020 : dans son pire scénario, l’OMT anticipe une baisse de près de 80% du nombre de touristes internationaux, soit un peu plus d’un milliard, ce qui donne une idée de l’impact économique et social à venir pour les pays les plus vulnérables. A titre de comparaison, les touristes internationaux n’étaient que 25 millions en 1950.

Une pause profitable pour la planète, pas pour le monde du tourisme  

Évidemment, d’un strict point de vue écologique, cette pause s’annonce profitable. A moins de faire partie de ces courageux qui parcourent le monde à pieds ou à vélo, la masse de tous les autres se déplace en avion et en voiture. D’après une étude publiée en 2018 dans le magazine Nature Climate Change (un des titres du groupe Nature), le tourisme mondial serait responsable de 8% des émissions de gaz à effet de serre (en y intégrant le transport, l’hébergement et toutes les dépenses afférentes).

Reste à savoir si cette parenthèse a vocation à se refermer, autrement dit si les restrictions sanitaires prises en temps d’épidémie auront un effet durable sur notre façon d’envisager le tourisme et les voyages (j’associe à dessein les deux termes, tourisme et voyage, vouloir les distinguer à tout prix relève trop souvent d’une posture de distinction sociale).

Bref, après avoir appartenu à une génération boulimique de voyages, au point de cocher les cases des pays que nous ‘’avons fait’’, allons-nous nous contenter désormais d’horizons plus familiers ? La forêt de Rambouillet plutôt que la mer Baltique ? Pour ma part, j’hésite.

Comme l’écrit le sociologue Rodolphe Christin dans ‘’La vraie vie est ici’’, son dernier livre, ‘’l’ailleurs apparait comme l’espace sur lequel nombre de projections sont possibles. Son caractère inconnu, vide de contenu car vide de vécu personnel, le rend disponible au phantasme du fait de son indétermination subjective’’.

Voilà qui plaiderait plutôt pour de lointains départs. Mais je dois dire qu’après huit semaines de confinement, et la confirmation que Paris va rester en zone rouge pendant encore quelque temps, ma conception de l’ailleurs n’est plus tout à fait la même. L’exotisme va consister désormais à se mettre au vert.

par Hervé Gardette

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