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le volcan Tambora en Indonésie

Et on démarre une autre Histoire

3 min
À retrouver dans l'émission

Le changement climatique bouleverse un certain nombre de disciplines. C’est aussi le cas pour l’Histoire

le volcan Tambora en Indonésie
le volcan Tambora en Indonésie Crédits : Mike Lyvers - Getty

Vercingétorix est solidement assis sur son cheval. Il vient de perdre à Alésia, mais c’est lui qui toise son adversaire, Jules César. Nous sommes en moins 52 avant Jésus-Christ : de mémoire, c’est avec cette illustration que s’ouvraient nos manuels d’histoire en primaire. Venaient ensuite Clovis et le vase de Soissons en 486, Charles Martel à Poitiers en 732, le couronnement de Charlemagne en 800, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492.  

Des hommes et des dates : voilà comment on entrait dans l’Histoire. A supposer que l’Education nationale continue de procéder ainsi (cela dépend du ministre, qui ne vient pas toujours de l’Ecole des Annales), il faudrait suggérer d’ajouter, ou de substituer à ces grands personnages et à ces grandes dates d’autres repères historiques, pour nous aider à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui : celui du changement climatique.  

S’il faut des héros, c’est du côté des pionniers de l’écologie qu’il conviendrait d’aller chercher. A sa manière, Henry David Thoreau, l’auteur de ‘’Walden ou La vie dans les bois’’ est un grand explorateur ; le biologiste allemand Ernst Haeckel un théoricien politique majeur : c’est à lui qu’on doit le concept d’écologie ; l’Américaine Rachel Carson, pionnière de la lutte contre les pesticides, vaut bien Marie Curie.  

Quitte à apprendre par cœur des dates, il faudrait retrouver celles du premier forage d’un puits de pétrole, de la première pelletée d’une mine de charbon, du premier barrage et du premier feu de camp, tant l’histoire des hommes se confond avec celle de leurs conquêtes énergétiques. Conquêtes qui vont les conduire d’abord vers l’émancipation, avant de se retourner contre eux en ces temps de réchauffement.  

Une autre date : 1815. Non pas Waterloo, mais Tambora. Le 5 avril de cette année-là, le volcan Tambora, sur l’île de Sumbawa en Indonésie, entre en éruption. Et c’est titanesque ! Un nuage de cendre se forme, le dioxyde de soufre s’échappe dans la stratosphère, tourne plusieurs fois autour de la Terre, fait écran aux rayons du soleil…l’année d’après, en Europe, la température chute de 3 degrés. Baisse des récoltes, famines, les conséquences sont terribles.  

A l’aune de cet événement, on peut considérer que ce sont les catastrophes naturelles qui ont fait entrer les sociétés, sans qu’elles s’en rendent toujours compte, dans la mondialisation. L’histoire de la planète, de mieux en mieux documentée, permet donc aussi de repenser celle des sociétés humaines.  

Mais celles-ci ne font pas que subir le déchainement des éléments naturels. Elles en sont désormais à l’origine. C’est ce qu’on appelle l’Anthropocène : cette nouvelle époque géologique qui commence au moment où l’Homme, par ses activités, bouleverse l’ensemble de l’écosystème terrestre.  

Selon l’historien indien Dipesh Chakrabarty, il s’ensuit des conséquences pour ceux qui étudient l’histoire humaine. Comme il l’expliquait en 2017 dans la revue Actuel Marx, ‘’comprendre ce tout nouveau rôle que jouent les humains nous oblige à nous plonger dans l’histoire profonde de la planète. Nous sentons bien qu’il faut resituer le récit habituel sur une échelle de temps beaucoup plus vaste’’  Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de faire l’Histoire des Humains, mais de l’intégrer dans celle du Vivant. 

Comme l’écrit Grégory Quenet dans le Dictionnaire de la Pensée écologique, les premiers historiens de l’environnement, dans les années 70, avaient pour projet ‘’d’écrire une histoire par en bas, qui ne serait pas seulement faite du point de vue humain, mais serait capable de reconnaitre à tous les non-humains (les animaux, les sols, la végétation, le climat…) le statut d’acteurs à part entière de l’histoire, une capacité d’action rompant avec la passivité jusque-là réservée à l’environnement’’ 

Il est peut-être temps d’écrire une autre Histoire !

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