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Robert Poujade, ministre de l'Environnement, février 1971 (archive INA)

Et Robert Poujade fut nommé ministre de l'Environnement

4 min
À retrouver dans l'émission

L'ancien maire de Dijon, Robert Poujade, vient de s'éteindre à l'âge de 91 ans. Il avait été le premier, en 1971, à occuper le ministère de l'Environnement. Retour sur le contexte de cette création, pas si éloignée de nos préoccupations.

Robert Poujade, ministre de l'Environnement, février 1971 (archive INA)
Robert Poujade, ministre de l'Environnement, février 1971 (archive INA) Crédits : HG - Radio France

Il y avait, près de chez moi, au milieu des ronces, une carcasse de voiture, à moitié rouillée, qui nous servait à la fois de cachette et de cabine de pilotage. Son propriétaire l’avait abandonnée là, au bord d’un chemin. Cette épave datait sans doute d’avant l’arrivée de Robert Poujade au gouvernement. Car parmi les mesures prises par celui qui fut le tout premier ministre de l’environnement, il y eut celle-ci (annoncée par lui dans un entretien télévisé) : 

c'est une mauvaise habitude qui devient un fléau dans certains pays développés : nous voulons que, en France, cela s'arrête. Nous allons donc instituer, c'est le ministre de l'Intérieur qui s'en chargera, un fichier central des cartes grises, ce qui permettra de retrouver celui qui abandonne lâchement sa vieille voiture sans prévenir. On le retrouvera et je dois dire qu'on le lui fera payer

Nous sommes en juillet 1972. Robert Poujade a été nommé en janvier 1971. Cette archive de l’INA a un côté suranné, on n’abandonne plus sa voiture en pleine cambrousse aujourd’hui. Mais elle reflète bien à la fois le contexte dans lequel ce ministère a été créé, et la pertinence du diagnostic qui l’accompagne.

Robert Poujade, pionnier dans les mesures environnementales françaises

Le contexte, c’est celui des 30 Glorieuses. Comme me l’explique le sociologue Florian Charvolin, auteur de ‘’L’invention de l’environnement en France’’, ‘’la création du ministère répond à la nécessité de réguler les effets négatifs de la société industrielle et de la politique d’aménagement du territoire’’, les deux grands processus sur lesquels s’est bâtie la France de l’après-guerre.

En 1971, l’écologie politique n’existe pas officiellement. Il ne s’agit donc pas de la contenir politiquement, mais de trouver des réponses techniques à des problèmes liés au développement de l’industrie, problèmes de pollution notamment. L’automobile en est un des symboles, tout en incarnant la modernité. Voilà pour le contexte.

La pertinence du diagnostic, elle, tient en un seul mot : l’environnement. Emprunté aux anglo-saxons, il permet de penser plus large que l’idée de nature. ‘’Il a un côté systémique’’ me dit encore Florian Charvolin, ‘’qui correspond bien à l’idée de Nouvelle société voulu par Chaban-Delmas’’, alors 1er ministre de Georges Pompidou. Le ministère sera d’ailleurs placé sous la tutelle de Matignon, ce qui en fait un ministère stratégique, malgré la faiblesse de ses moyens. Pompidou et Chaban ont compris que l’environnement englobait de nombreux autres sujets.

Ministère de l'impossible 

Comme le note le journal Le Monde en 1975, dans la recension du livre que signe alors Robert Poujade, ‘’Le ministère de l'impossible’’, ‘’l’environnement oblige à redéfinir les composantes de la justice sociale, à réfléchir sur le fonctionnement de la démocratie, à revenir à la vérité économique en intégrant dans les comptes les coûts sociaux’’.

Cette prise en compte de la dimension sociale, elle apparait d’ailleurs dans les premières préoccupations du ministre, à travers son plan contre le bruit. Ecoutez ce qu’il en disait en mars 2011, au micro d’Emmanuel Laurentin, dans La Fabrique de l’Histoire :

je savais que c'était un fléau social majeur, surtout pour les pauvres. C'est les pauvres qui souffrent du bruit, les gens riches en souffrent beaucoup moins, ils sont mieux protégés, dans leurs quartiers, dans leurs maisons insonorisées...Et en fait, c'était quelque chose de pas gratuit, et au contraire de très cher et très difficile, parce que ça mettait en cause la compétitivité du pays dans un certain nombre de machines. Si l'on voulait qu'elles soient moins bruyantes, il fallait qu'elles soient plus chères

Une partie essentielle de la complexité des politiques environnementales se trouve dans cet extrait : comment y intégrer la question des inégalités sociales et de la compétitivité économique, sans aggraver ni l’une ni l’autre. Énorme défi, toujours pas solutionné.

Est-ce pour cela que Robert Poujade avait intitulé son livre ‘’Le ministère de l'impossible’’ ? Pas tout à fait. Toujours sur France Culture, il disait avoir été inspiré par les ‘’Mémoires d’outre-tombe’’ de Chateaubriand et par cette citation : ‘’le monde actuel est pris entre deux impossibilités : l’impossibilité du présent, et l’impossibilité de l’avenir’’. Et Robert Poujade d’ajouter : ‘’quand une société est bloquée, cela signifie que l’impossible devient nécessaire’’. On ne saurait mieux dire.

par Hervé Gardette 

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