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contrôle de police, votre température s'il vous plait !

Et surtout, la santé !

3 min
À retrouver dans l'émission

Nous supportons la restriction de nos libertés pour faire face au coronavirus. Mais nous acceptons que d'autres maladies, liées à l'environnement, se développent.

contrôle de police, votre température s'il vous plait !
contrôle de police, votre température s'il vous plait ! Crédits : Peter Van Mierlo / EyeEm - Getty

Avec un peu de chance, le 1er janvier 2021, on ne sera pas tenu de faire la bise à ses collègues pour célébrer la nouvelle année. Le traumatisme du coronavirus nous aura vaccinés, au moins pour quelque temps, de la cérémonie des embrassades. En revanche, la formule qui l’accompagne sera plus que jamais d’actualité : ‘’bonne année…et surtout la santé !’’

’Et surtout, la santé’’. J’ignore de quand date cet appendice, mais il témoigne bien de la grande préoccupation de notre époque : ne pas tomber malade, et si l’on tombe quand même : ne pas en mourir. C’est même devenu un droit fondamental, depuis que la Charte de l’environnement, adossée à la Constitution française, proclame dans son premier article le fait que ‘’chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et favorable à sa santé’’.

Cette préoccupation, pour légitime qu’elle soit, pose néanmoins problème. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller, jusqu’à quels sacrifices, pour défendre ce droit ? C’est la petite musique qui monte qui monte depuis quelques jours, et dont la mélodie nous suggère que renoncer à notre liberté de mouvement, mais aussi à celle que nous procure l’activité économique, est sans doute un tribut trop lourd à payer pour défendre notre santé et celle des autres. Il ne faudrait pas basculer dans une dictature sanitaire.

Une dictature qui pourrait ressembler à ce que décrit ‘’37° centigrades’’. Dans ce court roman publié en 1963, et réédité depuis au Passager clandestin, l’auteur de science-fiction Lino Aldani imagine ce que serait une société autoritaire obsédée par la prévention des maladies.

L’action se passe en Italie, dans un monde où domine la CGM, une compagnie privée qui fait office de Sécurité sociale. Chaque citoyen ayant souscrit un contrat avec elle bénéficie de tous les soins possibles, mais il doit en contrepartie veiller à ne pas se mettre en danger : pas de tabac, pas d’alcool, pas de sortie sans un tricot de laine. Contrôle permanent de la température. Les inspecteurs de la CGM sont comme les nervis de la révolution iranienne : intraitables.

Nico, le héros du roman, révolté par le harcèlement qu’il subit au quotidien, choisit de rompre le contrat qui le lie à la CGM pour recouvrer sa liberté. Après tout, il est jeune, il ne risque rien. Mauvaise idée : une blessure bénigne va dégénérer et l’emporter, sans qu’il puisse être soigné.

A l’époque où il écrit cette histoire, Lino Aldani entend sans doute dénoncer les dérives d’un système de santé livré aux seuls intérêts du privé (puisque le zèle de la CGM s’explique par son souci de limiter les frais de santé de ses clients). Mais comme souvent avec la science-fiction, le récit prend un nouveau sens quelques années plus tard. Il nous conduit à nous interroger sur la nature des concessions que nous serions prêts à faire pour ‘vivre en bonne santé’. 

C’est un fait : nous avons déjà beaucoup concédé pour faire face à l’épidémie, même si ces restrictions de liberté sont censées être provisoires. Rien n’est plus important que la santé. Oui mais dans ce cas, pourquoi ne pas en faire autant pour d’autres maladies ? Est-ce parce que les sacrifices ne seraient pas les mêmes ? C’est la question que je me suis posé après avoir lu le Que sais-je ? de William Dab : ‘’Santé et environnement’’.

Dans cet ouvrage, l’ancien directeur général de la Santé dresse la liste des pathologies liées à des causes environnementales, et dont la prévalence pourrait être réduite : les cancers, 7 millions de morts chaque année, du fait notamment de nos modes de vie ; les maladies cardio-vasculaires, deuxième cause de mortalité dans le monde, pour lesquelles la pollution de l’air constitue un facteur de risque aggravant ; le paludisme, un million de morts chaque année, ‘’dont la moitié pourrait être évitée par un management environnemental approprié’’.

Est-ce à dire que les droits des consommateurs que nous sommes sont plus importants que ceux des citoyens ? Je laisse la question grande ouverte.

Chroniques
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3 min
La Théorie
Comment la culture peut-elle nous préparer à l'après ?

Bibliographie

Santé et environnement

Santé et environnementWilliam DabQue sais-je ? PUF, 2020

37° centigrades

37° centigradesLino AldaniLe passager clandestin, 2013

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