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Trump quitte l'accord de Paris mais toute la société américaine ne va pas dans le même sens

Etats-Unis : un pays, deux systèmes

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Le gouvernement américain a officialisé avant-hier la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Elle sera effective le 4 novembre 2020. Mais la décision de Trump engage-t-elle toute l’Amérique ?

Trump quitte l'accord de Paris mais toute la société américaine ne va pas dans le même sens
Trump quitte l'accord de Paris mais toute la société américaine ne va pas dans le même sens Crédits : wbritten - Getty

S'agit-il d’un reste mal digéré de notre passé monarchique ?  D’une déformation liée à la façon d’appréhender le pouvoir sous la Ve République ? Notre manie d’envisager l’identité d’un pays à travers la seule figure de son principal représentant politique nous égare s’agissant des Etats-Unis. L’Amérique ne se résume pas à son Président.

Tout y est excessif, certes, mais tout ne va pas dans le même sens. Au cours d’un même voyage, on peut visiter cette abominable excroissance qu’est la ville de Las Vegas, énorme champignon climatisé placé en plein milieu du désert du Nevada, puis se perdre dans une nature exubérante. La notion de ‘grands espaces’ a dû être inventée exprès, les parcs nationaux sont des modèles de protection de l’environnement, les rangers qui y patrouillent se mettent à son service, comme à celui de leurs visiteurs.

Avec Donald Trump à la Maison Blanche, on pourrait penser que les machines à sous ont remporté la mise, que sa conception de l’American way of life a fini par s’imposer. Et il est vrai qu’il y a de quoi être pessimiste, à présent que le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris est confirmé. Le 2e émetteur mondial de gaz à effet de serre devient le passager clandestin d’une communauté internationale déjà bien mal engagée à limiter les effets du réchauffement.

Pour l’heure, le retrait du gouvernement américain de l’accord de 2015, annoncé officiellement en juin 2017, a eu des effets limités. En vertu des règles juridiques qui y sont inscrites, ce retrait ne sera effectif, au plus tôt, que le 4 novembre 2020, au lendemain de la prochaine présidentielle. Que Trump l’emporte une seconde fois (s'il n'est pas destitué avant) et la situation sera bien plus grave pour la défense du climat.

Plus grave, mais pas désespérée. Car l’Amérique ne se résume pas à son Président. Comme le note la correspondante à New-York de Libération, ‘’ le pays part aujourd’hui dans deux directions opposées’’ : d’un côté l’administration Trump, de l’autre, ‘’une société civile plus motivée que jamais, et la moitié des Etats américains et 430 villes qui se sont engagées à respecter les engagements de l’accord de Paris et ont voté des législations ambitieuses’’. L’arrivée de l’homme d’affaires à la Maison Blanche aurait même stimulé les initiatives locales, le local pouvant atteindre ici la dimension d’un Etat, comme la Californie, à la pointe de la mobilisation pour le climat, ou comme le Texas, paradis pétrolier, ‘univers impitoyable’, qui investit massivement aujourd’hui dans l’énergie éolienne et solaire.

Les Américains s’organisent pour lutter contre la politique climatique de Trump : c’était l’objet d’un article des Echos l’an dernier, peu après que le gouverneur de Californie eut organisé un sommet sur le climat à San Francisco. C’est qu’aux Etats-Unis, ‘’les Etats ont à leur disposition des leviers très puissants en matière de politique environnementale. Via des décrets et des lois, ils peuvent contrecarrer les décisions prises’’ par le pouvoir central. ‘’Les villes, quant à elles, contrôlent tout ce qui concerne l’aménagement urbain, les transports publics et la gestion de l’eau’’.

L’architecture politique est ainsi faite aux Etats-Unis que l’exécutif n’y dispose pas des pleins pouvoirs. La Chambre des représentants, désormais dans l’opposition, et le Sénat, y sont autrement plus puissants que notre Parlement. Et la structure fédérale, conçue pour résister à Washington, offre une autonomie aux différents acteurs, qui ne se privent pas de s’en servir.

Si le retrait américain de l’accord de Paris est une très mauvaise nouvelle, la capacité qu’a la société américaine d’y résister peut être une source d’inspiration. A l’heure où, en France, des maires se font retoquer par les préfets pour avoir pris des arrêtés anti-pesticides, il serait intéressant de réfléchir, à la lumière des institutions américaines, à une autre répartition des pouvoirs. Pour que, de la même manière que les Etats-Unis ne se résument pas au locataire de la Maison Blanche, la France ne se limite pas à celui de l’Elysée.

Chroniques

8H50
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