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la yaourtière, une chouette idée de cadeau pour la fête des mères

La yaourtière et le patriarcat

4 min
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En cette journée où à 16h47 précises, les hommes français auront gagné autant que leurs collègues féminines en un an, nous nous intéressons aux relations entre écologie et féminisme.

la yaourtière, une chouette idée de cadeau pour la fête des mères
la yaourtière, une chouette idée de cadeau pour la fête des mères Crédits : letty17 - Getty

S'agissait-il de fêter un anniversaire ? Ou plus probablement de célébrer la fête des mères ? Toujours est-il que cette année-là, une yaourtière fit son apparition dans la cuisine familiale. Il n’était pas question de faire de l’écologie mais de faire des économies. Un peu plus tard, une machine à tricoter électrique viendrait d’ailleurs compléter, cette fois dans le salon, la panoplie du fait maison.

Fin du mois, fin du monde : à quelques décennies de distance, les deux se répondent. La mode est de nouveau au ‘’do it yourself’’. Pour ceux qui le souhaiteront, je tiens à disposition des liens vers des tutos pour apprendre à fabriquer son baume à lèvres, son déodorant, son adoucissant ou son film alimentaire.

Je dis : ‘pour ceux’, je devrais dire ‘pour celles’. Car le ‘’faire soi-même’’ se conjugue essentiellement au féminin. ‘’Quand je vois mes amies passer quatre heures en cuisine le dimanche pour préparer les repas de la semaine parce que c’est plus sain, quand elles cousent leurs lingettes démaquillantes lavables parce c’est meilleur pour l’environnement, je songe aux cours d’économie domestique dispensés aux filles au siècle dernier. Et je me demande dans quelle mesure il s’agit d’un choix bien réel ou d’une insupportable régression’’

Celle qui parle, c’est la journaliste Nora Bouazzouni. Son article pour Slate, ‘’Comment l’impératif écologique aliène les femmes’’, n’est pas passé inaperçu : plusieurs de mes collègues filles m’en ont parlé. Elle y évoque la double charge qui pèse sur les femmes, en ces temps d’inquiétude écologique : il faut non seulement gérer le quotidien, mais encore le faire sans détruire la nature.

Est-ce à dire que la défense de l’environnement va à l’encontre du combat féministe ?  Ce serait faire l’impasse (ce que ne fait pas Nora Bouazzouni) sur l’écoféminisme, un mouvement de pensée théorisé dans les années 70, qui considère que l’exploitation de la nature et l’exploitation des femmes procèdent du même système de domination : le patriarcat, les hommes s’étant accaparé la fertilité de l’une comme des autres. Eu égard à la créativité des slogans, les manifs pour le climat ont offert une illustration réjouissante de ce syncrétisme : ‘’pubis et forêts, arrêtons de tout raser’’, ‘’Ma planète, ma chatte, sauvons les zones humides’’.

A l’origine de l’écoféminisme, il y a une française, Françoise d’Eaubonne, à qui l’universitaire Caroline Goldblum vient de consacrer un ouvrage, tout juste publié aux éditions du Passager clandestin. D’Eaubonne qui, en 1978, écrit : ‘’la destruction des sols et l’épuisement des ressources correspondent à une surexploitation parallèle à la surfécondation de l’espèce humaine. Cette surexploitation est un des piliers du Système Mâle’’. Pour le combattre, il faut arrêter de faire des gosses.

On peut encore lire sous sa plume, dans un extrait un peu plus ancien, cette considération selon laquelle ‘’les valeurs du féminin, si longtemps bafouées, demeurent les dernières chances de survivance pour l’homme’’ Et cette prédiction : ‘’la planète mise au féminin reverdirait pour tous’’.

Une telle approche, qui essentialise les qualités prêtées aux femmes, ne fut pas sans poser problème, en particulier aux féministes. Jusqu’à ce que  les études de genre permettent de surmonter cette contradiction : si les femmes sont plus sensibles à la protection de l’environnement, ce n’est pas en vertu de leur nature profonde, mais en raison de du rôle qui leur a été assigné.

Ce sont elles en tout cas qui sont en première ligne du changement climatique, comme en faisait le constat, en 2016, le rapport ‘’Femmes et climat’’, initié par la présidence de la COP 21. En voici un extrait : ‘’dans de nombreuses régions, c’est à elles qu’incombe la tâche de fournir vivres, eau et combustibles à leur famille. Les effets du dérèglement sur la fertilité des sols et les ressources en eau exercent une pression plus forte sur les femmes’’, une ‘’surcharge de travail…qui aboutit souvent à une déscolarisation des jeunes filles’’.

C’est dire le décalage qui existe entre les préoccupations de ces femmes des pays du Sud, et celles qui, au Nord, réhabilitent le fait-maison et les yaourtières.

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