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au bout du tunnel, le pouvoir ?

Faut-il confier l'Elysée à un ingénieur ?

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La transition écologique ne pourra pas aboutir sans l’expertise des ingénieurs. Mais faut-il aller jusqu’à leur confier le pouvoir ? Et en ont-ils seulement envie ?

au bout du tunnel, le pouvoir ?
au bout du tunnel, le pouvoir ? Crédits : tolgart - Getty

De toutes les formules gnangnan qui font office de pensée profonde, il en est une qui m’exaspère un peu plus que les autres : cette idée selon laquelle ‘’il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions’’. On la doit sans doute à un ingénieur, tant est profonde la conviction, dans ce corps de métier, qu’il n’y a pas d’obstacle auquel la technique ne puisse remédier. Comme l’écrivent Laure Flandrin et Fanny Verrax dans ‘’Quelle éthique pour l’ingénieur ?’’,  un ouvrage publié demain aux éditions Charles Léopold Mayer, ‘’la culture de l’ingénieur qui se transmet’’ dans les écoles ‘’est résolument techno-solutionniste : dans cette vision du monde, il n’existe pas de problème humain qui n’ait d’abord sa solution dans le champ de l’ingénierie’’.

En témoigne un autre livre, publié l’an dernier, chez Buchet-Chastel : ‘’Rétrofutur, une contre-histoire des innovations énergétiques’’. Ouvrage par ailleurs réjouissant, qui remet au goût du jour des inventions injustement oubliées, comme par exemple le moteur pyréolophore, l’éclairage bioluminescent, l’aérotrain ou la cheminée solaire, inventions qui –je cite- ‘’permettent pourtant de répondre à l’urgence de la crise énergétique et climatique’’.

Cette conviction profonde que notre salut viendra de la technique mériterait pourtant un examen de conscience. Car c’est le ‘’génie humain’’ qui nous a conduit à l’Anthropocène, cette époque géologique inaugurée par la première révolution industrielle. Pour citer à nouveau le livre de Flandrin et Verrax, ‘’les possibilités émancipatrices de l’ingénierie humaine se retournent aujourd’hui en véritables menaces : désormais déployées à l’échelle planétaire, elles mettent en danger les équilibres socio-environnementaux’’

Du coup, faut-il faire confiance aux ingénieurs pour nous sortir d’une situation que leurs prédécesseurs ont contribué à créer ? Il faut tout de même mettre à leur crédit, si ce n’est d’avoir fait leur mea culpa, en tout cas de ne plus être insensibles aux conséquences de leurs actes. L’organisation qui les fédère s’est dotée d’une charte d’éthique en 2001, qui stipule notamment que ‘’l’ingénieur a conscience et fait prendre conscience de l’impact des réalisations techniques sur l’environnement’’, il ‘’inscrit ses actes dans une démarche de développement durable’’.

On peut encore mentionner le ‘’Manifeste étudiant pour un réveil écologique’’, signé il y a un an par des élèves, entre autres, de Polytechnique et d’AgroParisTech, dans lequel ils s’engageaient à ne travailler que pour des employeurs respectant leurs convictions en faveur de l’environnement.

Il est par ailleurs remarquable que parmi les auteurs les plus reconnus en France sur les questions liées à la menace écologique, il y a de nombreux ingénieurs : Jean-Pierre Dupuy, Pablo Servigne, Philippe Bihouix, Jean-Marc Jancovici. Rien d’étonnant à cela : la transition écologique et solidaire suppose une approche systémique, c’est justement la gymnastique préférée des ingénieurs. Plus il y a de la complexité, mieux ils se portent.

Avec tous ces atouts, on devrait les croiser plus souvent dans la sphère publique. Or ils sont rares ceux (et celles) qui s’engagent en politique, peut-être parce que la croyance dans la neutralité de la technique favorise l’apolitisme. Comme le relevait le président du conseil national des ingénieurs et scientifiques de France lors du précédent quinquennat, ‘’ce corps socioprofessionnel qui pèse près de 4 % de la population active brille par son absence des instances nationales’’.

Si l’on s’en tient aux statistiques, Jean-Marc Jancovici, et à supposer qu’une telle carrière vous tente, il y a par exemple peu de probabilités que vous deveniez un jour président de la République. Sous la Ve, un seul ingénieur a réussi à conquérir l’Elysée : Valéry Giscard d’Estaing. VGE, passé par Polytechnique, mais qui ne put se résoudre à ne pas faire l’ENA.

Vos chances d’intégrer le gouvernement, en vertu de votre formation, sont à peine plus importantes.  J’ai épluché les biographies des ministres et secrétaires d’Etat actuels, je n’en ai trouvé que deux : Julien Denormandie, passé par les Eaux et Forêts, aujourd’hui en charge de la Ville et du Logement. Et Elisabeth Borne, diplômée du Collège des ingénieurs, des Ponts et Chaussées et de Polytechnique. Est-ce que cela en fait une bonne ministre de la Transition Ecologique et Solidaire ?

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