LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
une coupe de champagne dans un avion : un signe extérieur de richesse ?

Crise climatique : faut-il faire payer les riches ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Le Parlement débat du prochain budget. L'occasion de réfléchir à la meilleure façon de faire contribuer les plus fortunés à la lutte contre le changement climatique.

une coupe de champagne dans un avion : un signe extérieur de richesse ?
une coupe de champagne dans un avion : un signe extérieur de richesse ? Crédits : Flashpop - Getty

Dans ‘’Crésus’’, le chef d’œuvre de Jean Giono (par ailleurs son seul film en tant que réalisateur), Jules découvre par hasard, dissimulés dans ce qui semble être un obus, une montagne de billets de banques. Du jour au lendemain, le modeste berger provençal, interprété par Fernandel, devient riche. Et anxieux. Que faire de cette fortune inattendue, lui dont les seuls rêves consistent à parcourir les pages du catalogue Manufrance ?

Visiblement, Jules est un cas à part parmi les riches. Il ne sait pas profiter de toutes ces choses auxquelles l’argent donne accès. Car –pardon pour ce truisme-, plus vous en avez, plus vous consommez. C’est arithmétique, même si passées un certain seuil, certaines consommations plafonnent d’elles-mêmes : vous aurez beau être milliardaire, vous ne pouvez habiter qu’une seule maison et conduire qu’une seule voiture à la fois.

Reprenons : plus vous avez d’argent, plus vous consommez ; plus vous consommez, plus vous contribuez au changement climatique. Un certain nombre d’études démontrent la corrélation qui existe entre le niveau de richesse et le bilan carbone des individus et des ménages. C’est ce que met en avant par exemple le dernier rapport publié par Oxfam. C’est aussi le constat d’une autre étude, à peine plus ancienne, de l’OFCE (le centre de recherches en économie de Sciences Po), même si celle-ci souligne néanmoins que ‘’le revenu ne saurait expliquer à lui seul le niveau d’empreinte carbone des ménages’’.

C’est en tout cas au regard de ces disparités dans la contribution aux émissions de gaz à effet de serre que Greenpeace a proposé il y a quelques jours l’instauration d’une nouvelle forme d’ISF : un ISF climatique, à savoir un impôt sur la fortune indexé sur le bilan carbone des produits financiers dans lesquels investissent les ménages les plus riches. Pour l’ONG, cette mesure, en plus d’être redistributive, aurait aussi un effet incitatif, en conduisant les détenteurs de capitaux à investir dans des fonds propres, respectueux de l’environnement.

Cette proposition, formulée en plein débat parlementaire sur le budget, rejoint celle faite l’an dernier par plusieurs députés : l’impôt de solidarité écologique sur la fortune, consistant à taxer le patrimoine au-delà d’un certain seuil et d’affecter les recettes au financement de la transition écologique (je vous en parlais il y a quelques jours).

On peut dire de ces 2 propositions qu’elles sont très françaises, dans la mesure où la redistribution par l’impôt est au cœur de notre système de solidarité. Bien que contesté (au motif qu’il ferait fuir une partie des contribuables), ce système veut que les membres les plus riches de la collectivité doivent davantage contribuer, en pourcentage, que les plus modestes. Il s’agirait donc d’appliquer ce principe à la question climatique.

Mais cette approche se retrouve en concurrence avec le modèle anglo-saxon, qui valorise le volontariat individuel plutôt que la contrainte collective. La philanthropie en est le fer de lance, et elle investit de plus en plus la sphère environnementale : les seuls dons pour le climat ont augmenté de 30% entre 2015 et 2017, même s’ils ne représentent pour l’instant qu’une toute petite partie des sommes récoltées et des programmes mis en place par les grandes fondations.

Le toujours excellent site The Conversation vient de publier une série d’articles à ce sujet. Il y est notamment question de l’initiative de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, qui en février dernier ‘’annonçait son entrée en philanthropie en établissant un fonds de 10 milliards de dollars pour le climat’’, puis dans la foulée la création d’un fonds pour aider les entreprises à atteindre la neutralité carbone. Ici, c’est l’initiative privée qui est valorisée.

On voit à travers ces deux modèles à quel point la question climatique, loin d’être un sujet à part, finit par interroger les grandes options politiques. Certes, redistribution organisée par l’Etat et générosité orchestrée par la philanthropie ne sont pas incompatibles. Mais choisir la meilleure façon de faire contribuer les plus fortunés à la résolution d’une crise (qui les concerne tout autant que n’importe qui) ne relève pas simplement d’un choix technique : c’est un choix de société.

Dans ‘’Crésus’’, Jules, ne sachant que faire de sa fortune, se met en tête de la distribuer à son voisinage. Il philanthropise. Mais la distribution tourne au fiasco, puis au cauchemar. Les villageois, devenus suspicieux, finissent par se retourner contre leur généreux donateur. Tirez-en la conclusion que vous voudrez.

Chroniques
8H50
4 min
Carnet de philo
R comme Résistance

Bibliographie

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......