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Yuka et le Nutriscore sont-ils les meilleurs ennemis des chips ?

Faut-il noter les chips ?

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Les applications de notation des produits alimentaires se multiplient. Pour la bonne cause ?

Yuka et le Nutriscore sont-ils les meilleurs ennemis des chips ?
Yuka et le Nutriscore sont-ils les meilleurs ennemis des chips ? Crédits : Chris Clor - Getty

Parmi les annonces faites avant-hier par Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat, il en est une qui –à juste titre- a retenu l’attention : le projet d’inscrire la lutte contre le réchauffement climatique dans la Constitution. Mais le chef de l’Etat a également évoqué une innovation qui, si elle voit le jour, aura sans doute un impact plus visible dans nos vies quotidiennes : nous allons ‘’créer ensemble le Yuka du carbone’’.

De quoi s’agirait-il ? D’une application mobile permettant d’évaluer l’empreinte carbone des produits que vous achetez, et ainsi d’opérer vos choix de consommateurs responsables en connaissance de cause. Pas plus de précisions pour l’instant mais on peut imaginer, par exemple, un étiquetage qui permettrait de classer les biens de consommation en fonction du CO2 nécessaire pour les produire, les transporter et les stocker.

Un ‘’Yuka du carbone’’ donc. Mais pourquoi un tel nom ? Et bien tout simplement en référence à une appli qui fait fureur depuis son apparition en 2016. Si vous n’en avez jamais entendu parler, peut-être avez-vous croisé des individus en train de l’utiliser en faisant leurs courses au supermarché, paquet de chips dans une main, téléphone portable dans l’autre, le second en train de scanner le code-barres du premier : une note sur 100 s’affiche ensuite à l’écran, qui évalue les qualités nutritionnelles du produit : plus c’est haut, mieux c’est.

Cela dit, l’utilisateur en question se sert peut-être de Siga, qui permet de repérer les aliments les moins transformés ; de Buy or not, qui écarte les produits les moins éthiques ; ou encore MyLabel, qui promet d’adapter votre consommation à vos valeurs : ce ne sont pas les applis qui manquent, comme le relève le rapport que publie ce mercredi le think tank Terra Nova, ‘’Les applications de notation, un ingrédient de poids sur le chemin de la transition alimentaire’’.

Nous sommes de plus en plus soucieux de la qualité de ce que nous mangeons, mais sommes-nous suffisamment informés ? La question se pose d’autant plus que ‘’les Français cuisinent moins et achètent plus d’aliments transformés’’. Or la lecture des étiquettes ressemble le plus souvent à un charabia. Les outils numériques, capables de traiter les données en grand nombre, les retranscrivent en mode lisible, du supposé meilleur au moins bon. Ca ne vous dissuadera peut-être pas d’acheter des chips trop grasses et trop salées, mais du moins le ferez-vous en connaissance de cause.

Encore que, ce n’est pas tout à fait vrai puisque les études montrent que les utilisateurs de ces applis adaptent leur consommation en fonction des résultats. Il en va de même pour le Nutriscore, qui s’affiche de plus en plus dans les linéaires : un produit classé A a beaucoup plus de chance d’être acheté qu’un produit classé B, et ainsi de suite jusqu’à la lettre E. Les marques qui refusent le Nutriscore ont peut-être des choses à se reprocher.

Plus fondamentalement, ces applications de notation posent la question de la responsabilité dans l’acte de consommation. Donner des outils aux clients pour qu’ils soient mieux informés, c’est une très bonne chose, mais n’est-ce pas une façon pour les industriels et le législateur de se dédouaner, sur l’air de ‘’vous avez les infos, à vous d’assumer vos choix’’, ''ce n’est pas notre faute si vous êtes addict à la malbouffe'' ?

C’est peut-être le cas pour le législateur : le Nutriscore n’est toujours pas obligatoire, faute, il est vrai d’absence de consensus au niveau européen (les producteurs italiens de parmesan et de jambon de Parme font de la résistance). Mais à en croire Terra Nova, cela bouge davantage du côté des industriels et de la grande distribution. Sans doute davantage par pragmatisme que par conviction. Une des principales enseignes françaises a ainsi demandé à ses fournisseurs ‘’de reformuler plus de 900 recettes afin que tous ses produits affichent une note Yuka supérieure à 50, score en dessous duquel l’application recommande automatiquement une alternative mieux notée’’.

Les applications jouent donc un rôle important dans la transition alimentaire, et viennent seconder utilement les associations de consommateurs. Mais comme le note l’auteure du rapport dans sa conclusion, elles ‘’ne sauraient servir d’alibi à la généralisation d’une nourriture essentiellement industrielle’’. Comme le dit le proverbe, un thermomètre n’a jamais fait disparaitre la fièvre.

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