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et si le koala était moche ?

Faut-il sauver les koalas ?

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Un milliard d’animaux auraient péri dans les incendies en Australie. Parmi eux, plusieurs milliers de koalas, devenus les symboles de la catastrophe en cours… au détriment de tous les autres ?

et si le koala était moche ?
et si le koala était moche ? Crédits : Pierre MOATI - Getty

Tous les grands événements, heureux ou malheureux, ont besoin d’une incarnation pour être médiatisés, d’une figure symbolique, forcément réductrice, mais sans laquelle le message aura davantage de mal à être porté. Pour l’Australie, c’est le koala. Les images de ces marsupiaux assoiffés (pour les plus chanceux puisqu’ils ont échappé aux flammes) auront largement contribué à interpeller le monde entier sur les incendies qui ravagent le pays.

Ce n’est pas un hasard si ce sont les koalas qui attirent le plus les regards, alors qu’ils ne sont que quelques milliers d’individus à avoir été décimés, quand les pertes animales totales sont estimées à plus d’un milliard. D’abord, bien sûr, parce qu’on l’identifie immédiatement au contexte australien : c’est une espèce endémique, qui plus est menacée. Ensuite parce qu’il profite de son physique, y compris à l’âge adulte : le koala est trop mignon, c’est une grosse peluche, véritable objet transitionnel, et pas seulement pour les enfants.

On le confond parfois avec le panda, lequel a hérité d’une charge encore plus lourde : depuis que le WWF en a fait son emblème, et ce dès sa création en 1961, ce grand mammifère symbolise le combat pour la protection de la faune sauvage. Sur le site de l’organisation, on apprend qu’en tibétain, panda signifie chat-ours, ce qui résume bien tout le potentiel de sympathie qu’il dégage.

Mais si cette mise en avant de certaines espèces est nécessaire pour porter une cause plus large, elle présente néanmoins un risque : celui de négliger des animaux au physique plus disgracieux, à la bonhomie moins évidente. Des animaux qui ne bénéficient pas du même prestige que confère à d’autres l’imaginaire humain (car c’est bien de notre regard qu’il s’agit).

Prenez le cas de Cecil, un lion abattu en 2015 par un dentiste américain lors d’un safari au Zimbabwe : la publicité de ce geste absurde avait provoqué une forte indignation dans de nombreux pays. L’affaire fait même l’objet d’un long article dans Wikipedia. Rien de tel pour la disparition pourtant massive des populations d’insectes. Or, selon une étude publiée à l’automne dans la revue Nature, la biomasse des arthropodes (dont les insectes font partie) a fondu de 67% en dix ans dans les prairies allemandes, dans une certaine indifférence.

Dans son livre ‘’Que pensent les dindes de Noël ?’’, l’éthologue Fabienne Delfour fait le constat que ‘’la protection animale et la science sont spécistes : les éléphants focalisent une attention considérable, contrairement aux taupes, aux mouches ou aux dindes’’. Elle déplore une ‘’hiérarchie malheureuse du vivant’’, dont pâtissent notamment les animaux d’élevage, d’autant plus absents des études scientifiques et des campagnes de mobilisation qu’ils sont présents dans nos assiettes.

On sait pourtant bien, depuis nos cours de science naturelle, que chaque animal a son rôle à jouer dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui l’écosystème. Le ver de terre par exemple a beau être moche et visqueux, il n’en est pas moins un utile laboureur, aérant les sols et favorisant le mélange des matières organiques. Il fait partie d’un tout, que ce maillon disparaisse et c’est l’ensemble de la chaîne qui est fragilisée.

Nous évoquions l’autre jour avec l’économiste Christian de Perthuis le cas emblématique de la loutre de mer. Chassé pour sa fourrure, ce mammifère marin a commencé à disparaître, laissant proliférer les oursins dont il se régalait. L’oursin, lui, mange des algues. N’étant plus chassé par les loutres, il en mange de plus en plus, or les algues jouent un rôle majeur dans la capacité de stockage de CO2 de l’océan : la loutre de mer est donc utile à la lutte contre le réchauffement.

Dans un article du journal 20 Minutes de 2014 consacré à l’hypothèse d’une disparition des pandas, l’écologue Robert Barbault disait ceci : ‘’Les spécialistes sont tous d’accord sur le fait que préserver des écosystèmes entiers est plus important que de préserver telle ou telle espèce. La disparition du panda géant de la forêt chinoise ne serait pas dramatique en elle-même mais elle serait due à des perturbations écologiques qui, elles, auraient à long terme de graves répercussions’’. Dans cette perspective (et au-delà des questions éthiques), chaque espèce, quel que soit son statut social, doit donc être sauvée.

Par ailleurs, en sensibilisant l’opinion sur le sort d’un animal emblématique, on favorise la protection de son environnement, et donc des espèces moins sexy avec lesquelles il le partage. Appelons ça le ruissellement. C’est pourquoi il est essentiel de s’inquiéter du sort des koalas.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
3 min

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