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la crise sociale à venir va-t-elle retarder la transition écologique ?

Fin du monde, fin du mois : le retour ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le confinement a redonné de l'élan aux envies de transition écologique. Mais attention de ne pas surestimer cet engouement.

la crise sociale à venir va-t-elle retarder la transition écologique ?
la crise sociale à venir va-t-elle retarder la transition écologique ? Crédits : Streetangel - Getty

Comme tout le monde, pendant deux mois, à 20h, je me suis posté à ma fenêtre pour applaudir le personnel soignant. Comme tout le monde ? Pas vraiment. D’après une étude de l’institut Harris Interactive évoquée hier lors d’une conférence en ligne au ministère de la Transition écologique et solidaire, nous n’étions que 20% à participer à ces séances d’applaudissement.

Phénomène minoritaire donc, essentiellement urbain. Ce qui se comprend : à la campagne, vous êtes un peu comme le lieutenant Ripley dans l’espace : personne ne vous entend applaudir. Toujours selon la même étude, le phénomène était également localisé socialement : les catégories populaires ont peu participé à ces moments d’effusion collective.

Pour ma part, je n’en tirerai aucun jugement, d’autant que je n’étais qu’à moitié convaincu de l’intérêt de venir faire la claque à horaire régulier pendant toute la durée du confinement. Mais une fois que vous avez commencé, vous continuez, sans trop vous poser de questions.

Surévaluation d'un phénomène social ? 

Ce qui m’intéresse ici, c’est de voir comment un phénomène social qui parait massif peut être surévalué, et exposer dès lors à quelques déconvenues. Dans un registre très différent, on avait assisté à ce même décalage entre perception et réalité au moment de ‘’Je suis Charlie’’ : un mouvement collectif, certes, mais pas si ‘populaire’ que ce qui en avait d’abord été dit. Raison pour laquelle il me semble qu’il faut rester prudent et ne pas surestimer  l’ampleur de la prise de conscience écologique à la faveur du confinement.

Certes, l’épidémie semble avoir été un moment propice pour faire avancer la cause de l’environnement. De manière mécanique bien sûr, suite à la mise à l’arrêt de nombreuses activités, ce qui a eu un effet très perceptible sur la pollution et les émissions de CO2. Mais aussi parce que le confinement a favorisé la mise en valeur d’un certain nombre de pratiques : je fais mon propre pain, j’achète des produits locaux, je trie, je recycle, je circule à pied ou à vélo, je renonce aux voyages en avion, je m’entretiens physiquement. Et j’appelle de mes vœux le monde d’après, plus sobre et plus solidaire.

Une crise renforçant les positions écologiques des convaincus mais pas des autres ?  

A regarder les choses en surface, on est tenté de considérer que ces aspirations à un autre modèle sont très largement partagées. Mais ce n’est pas si évident. Une autre étude mentionnée hier lors de la même conférence, produite cette fois par la Fondation Jean Jaurès, aboutit au constat suivant : si le prisme écologique a permis de donner un sens à cette crise, elle n’a pas fait de nouveaux convertis. Seuls ceux qui étaient déjà convaincus ont amplifié le mouvement.

C’est qu’il faut avoir l’esprit disponible pour se lancer en transition. Or les mois qui viennent s’annoncent particulièrement délicat sur le terrain social. Comme le dit encore la Fondation Jean Jaurès, l’urgence économique n’aura pas la même réalité pour tout le monde. Le chômage est reparti à la hausse, et on peut prédire sans trop de risque que cette tendance va durer un moment.

Va très vite se reposer l’alternative qui avait émergé avec le mouvement des Gilets jaunes, mais que les préoccupations presque exclusivement sanitaires ont eu tendance à étouffer pendant le confinement : fin du monde ou fin du mois. La taxe carbone, mesure jugée nécessaire, s’y était cassé les dents. Il faudra s’en souvenir, sans quoi la transition écologique ne pourra pas se faire

par Hervé Gardette 

Chroniques
8H50
3 min
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