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le changement climatique va-t-il favoriser l'arrivée au pouvoir des militaires ?

Général, vous voilà !

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Les militaires sont aux premières loges du changement climatique. De là à placer l'Armée en position de recours ?

le changement climatique va-t-il favoriser l'arrivée au pouvoir des militaires ?
le changement climatique va-t-il favoriser l'arrivée au pouvoir des militaires ? Crédits : sodapix sodapix - Getty

Le voilà l’homme providentiel ! Comme autrefois, c’est un général. Un général à particule, ça vous change un destin. Ancien chef d’Etat-major des armées, Pierre de Villiers publie aujourd’hui son nouveau livre : ‘’L’équilibre est un courage’’ (Fayard) (comme quoi, on peut avoir la science des armes et pas celle des titres)

En cette période de crise sanitaire, vous allez en entendre parler. Car qui mieux qu’un haut gradé pour piloter la riposte au coronavirus, contre lequel, rappelez-vous, nous sommes en guerre ? Invité lundi soir de l’émission Quotidien sur TMC, Eric Caumes, le chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, ne disait pas autre chose : pour reprendre le contrôle de l’épidémie, le meilleur profil, c’est celui d’un militaire.

N’ayant que peu fréquenté cette corporation, à l’exception notable d’un oncle du côté de ma mère, adjudant à Mourmelon, j’ai du mal à apprécier la plus-value que représenterait un tel profil dans ce genre de situation. Mais ce qui est certain, c’est que l’armée dispose des moyens, des réflexes et de la stratégie pour répondre à une telle crise. Et il en va de l’épidémie de coronavirus comme de la catastrophe climatique.

Il faut dire que pour les militaires, cette dernière question n’a rien de théorique. Les perturbations du climat ont un impact direct sur leurs infrastructures. Comme le notait en 2016 une étude pour l’armée de l’air américaine, ‘’les installations à faible altitude comme les bases navales sont tout particulièrement exposées à l’élévation du niveau des mers et aux événements météorologiques extrêmes’’. ‘’D’autres répercussions sont envisageables : les vagues de chaleur pourraient mettre à l’épreuve les exercices, et la fonte des glaces pourrait avoir des incidences sur les opérations sous-marines’’.

Selon le magazine Sciences Humaines, qui consacre, dans son numéro d’octobre, un article sur la façon dont les états-majors des grandes puissances prennent en compte la crise écologique, c’est l’ouragan Katrina, en 2005, aux Etats-Unis, qui va amorcer la prise de conscience. L’armée américaine est tellement débordée qu’elle doit faire appel à des mercenaires pour intervenir dans les zones sinistrées.

Dans la même étude citée plus haut, on apprend que l’armée américaine se soucie également de son empreinte carbone. Moins par conviction écologique que pour ‘’réduire sa dépendance aux énergies fossiles’’ : d’où son choix d’énergies vertes comme le solaire ou l’éolien. On notera au passage le décalage saisissant entre le Pentagone et la Maison Blanche. Comme l’écrit Jean-Michel Valantin dans ‘’Géopolitique d’une planète déréglée’’ (Seuil), si l’administration américaine ‘’s’installe dans une posture climatosceptique avec Donald Trump, l’armée américaine, pourtant aux ordres du pouvoir exécutif, porte une stratégie de puissance adaptée à ce nouveau monde qu’est l’Anthropocène’’.

Evidemment, l’impact le plus décisif se joue sur le terrain de la stratégie. Les perturbations causées par le changement climatique augmentent les risques d’instabilités et de conflits. Dans certaines zones, les ressources naturelles se raréfient, dans d’autres (comme dans l’Arctique), elles deviennent abondantes et font l’objet d’une compétition pour leur appropriation. ‘’Le réchauffement est un enjeu de paix et de sécurité autant qu’une question environnementale’’.

Plus fondamentalement, la capacité de l’armée à prendre en charge la question climatique risque de poser quelques problèmes à notre modèle démocratique. Le sociologue Razmig Keucheyan, cité dans le numéro de Sciences humaines, estime ainsi que le secteur militaire est aujourd’hui ‘’l’un des seuls à être en mesure de réfléchir sur une durée allant de 30 à 50 ans, la temporalité pertinente pour penser les effets du changement climatique. La classe politique, de son côté, est victime d’un court-termisme, qui la rend inapte à intégrer (celui-ci) dans ses calculs’’.

L’armée pourrait ainsi apparaitre comme la plus apte, du fait de son expertise et de son degré de préparation, à prendre les choses en main si la catastrophe climatique en vient à fragiliser le pouvoir politique. L’idée d’un homme à la poigne providentielle pourrait alors faire son chemin. La tentation autoritaire conférée aux écologistes vous inquiète ? Regardez plutôt du côté des militaires.

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