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gouverner, c'est se prémunir des intempéries de l'actualité, et de plus en plus des dérèglements du climat

Gouverner, c'est pleuvoir

4 min
À retrouver dans l'émission

''Gouverner'' : c'est le thème des Rdv de l'Histoire de Blois. Qu'en est-il de l'idée de gouverner le climat ?

gouverner, c'est se prémunir des intempéries de l'actualité, et de plus en plus des dérèglements du climat
gouverner, c'est se prémunir des intempéries de l'actualité, et de plus en plus des dérèglements du climat Crédits : Donat Photography / EyeEm - Getty

On prête au maréchal Lyautey cette formule sans doute apocryphe, que d’autres attribuent à son successeur au Maroc, Théodore Steeg : ‘’Gouverner, c’est pleuvoir’’, en référence semble-t-il à l’impact de la sécheresse sur l’économie du protectorat. Une fulgurance que François Hollande avait fini par faire sienne en constatant qu’à chacune de ses sorties officielles en tant que chef de l’Etat, le ciel lui tombait sur la tête.

’Gouverner, c’est pleuvoir’’. C’est en tout cas beaucoup mieux que de faire de la politique au doigt mouillé, laquelle politique consiste à ne pas en avoir, et à se contenter de réagir en fonction des intempéries de l’actualité.

De cette formule qui fait sourire, on pourrait faire une devise. Car s’il est un domaine qui incarne les ambitions parfois démesurées et les limites du pouvoir politique, c’est bien celui du climat. Et je ne parle pas ici du climat des affaires, qui conditionne la prospérité du pays, mais de manière plus littérale, l’ensemble des caractéristiques atmosphériques et météorologiques du territoire.

Je ne reviendrai que brièvement sur le livre de votre invité d’hier, ‘’Les révoltes du ciel’’ de Jean-Baptiste Fressoz (et Fabien Locher), qui décrit bien comment les sociétés européennes mirent à profit, dès le XVe siècle, leurs connaissances supposées de la climatologie pour justifier leur conquête des Amériques : si le climat y était si hostile, c’est que les indigènes étaient incapables d’exploiter les terres correctement.

Dans leur livre, ils racontent la naissance de la météorologie à travers l’introduction des registres d’observations : on y trouve la recension méticuleuse et systématique de l’état de l’atmosphère, dans le but d’y découvrir les lois fondamentales du climat, et donc de rendre ‘’la météorologie parfaitement prédictive, lui conférant un immense intérêt pratique’’, et donc politique !

Il y a quelques mois, un autre historien, allemand celui-là, Philipp Blom, publiait ‘’Quand la nature se rebelle. Le changement climatique du XVIIe siècle et son influence sur les sociétés modernes’’. Il y détaille comment le petit âge glaciaire en Europe au début du XVIIe siècle, d’abord considéré comme un châtiment divin, donna naissance à une série d’observations et d’expérimentations scientifiques, qui allaient accompagner et stimuler le siècle des Lumières, avec cette idée que le progrès remédierait à tout, y compris aux aléas climatiques.

Gouverner le climat : de nos jours, certains croient encore dans la version démiurgique d’un tel projet, à grands coups de géo-ingénierie. Largage d’aérosols soufrés dans la stratosphère pour refroidir l’atmosphère terrestre ; miroir satellitaire géant pour atténuer la chaleur du soleil… Le changement climatique incite pourtant à davantage de modestie : il s’agit surtout de tenter d’en limiter les débordements, et de savoir s’en protéger.

’Gouverner le climat’’  a surtout aujourd’hui une connotation diplomatique. C’est le titre d’un ouvrage de référence, publié en 2014, dans lequel l’historienne Amy Dahan et le politiste Stefan Aykut décortiquent 20 ans de négociations internationales sur ce sujet, depuis la conférence de Rio en 1992 jusqu’à la veille de la COP21 à Paris, en 2015. Ils y racontent aussi comment l’invention de l’ordinateur et sa puissance de calcul ont permis de faire des bonds de géants aux prévisions météorologiques, et de modéliser le climat : outils devenus essentiels dans le cadre de la lutte contre le changement climatique.

Et des outils d’ailleurs de plus en plus performants. Le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, qui pourrait être transféré à Toulouse à la faveur du Brexit, a ainsi investi dans un supercalculateur, toujours plus précis pour évaluer les impacts des événements extrêmes. Evénement comme celui qu’ont vécu les habitants des Alpes Maritimes vendredi dernier : en début de semaine, le climatologue Christophe Cassou adressait un ‘’grand BRAVO’’ à Météo France pour la justesse de ses prévisions à propos de la tempête Alex, rappelant au passage que ‘’seule la puissance publique peut assurer cette tache’’. Est-ce à dire qu’il faudrait ranger la météorologie et la climatologie du côté du régalien ?

Il n’en reste pas moins que les calculs, aussi puissants soient-ils, ne peuvent presque rien contre les éléments. Face aux aléas climatiques, nous sommes toujours de toutes petites choses.

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