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choisir la bonne lame de rasoir, quelle barbe !

J'y pense en me rasant

3 min
À retrouver dans l'émission

Qu'il soit jetable ou non, le rasoir mécanique reste une source importante de déchets. La faute à une politique digne des fabricants de smartphones. Expérience vécue...

choisir la bonne lame de rasoir, quelle barbe !
choisir la bonne lame de rasoir, quelle barbe ! Crédits : Sujata Jana / EyeEm - Getty

C’est déjà la deuxième semaine depuis la rentrée et je ne vous ai pas encore donné des nouvelles de mon combat donquichotesque contre les déchets ménagers. J’y songeais hier en me rasant, en quête d’un sujet pour alimenter cette chronique, lorsqu’une estafilade vint interrompre ma rêverie : je m’étais coupé, à la base du menton.

Coupure à vrai dire inévitable, quand bien même j’aurais été concentré, tant les lames –émoussées- de mon rasoir avaient dépassé leur date de péremption. Pourquoi ne pas en avoir utilisé des neuves ? Et bien parce que je repousse sans cesse le moment de leur achat, afin d’échapper à ce qui est devenu une source d’angoisse : à savoir m’en procurer de nouvelles sans me tromper de modèle.

On reproche aux fabricants de smartphones de programmer sciemment l’obsolescence de leurs produits, en limitant la compatibilité entre leurs propres  appareils et accessoires. Mais ce sont des amateurs comparés aux industriels du rasoir, passés maitres dans l’art de l’incitation à la surconsommation et au gaspillage.

J’utilise ainsi depuis quelques années une marque dont le nom rappelle celui d’un fameux demi d’ouverture de rugby. Problème : la marque en question commercialise presqu’autant de sortes de lames qu’il y a de joueurs dans le XV d’Angleterre, étant entendu que chacune d’entre elle ne correspond qu’à un seul type de manche. Or, ça ne rate jamais : j’ai beau me rendre au magasin avec un exemplaire du bon modèle dans la poche, j’achète toujours les mauvaises…lesquelles viennent grossir ma collection de lames orphelines.

Excédé par ces achats aussi inutiles que coûteux (la lame de rasoir se négocie au prix du caviar), j’ai écrit au service client : ‘’je ne comprends pas pourquoi vous ne standardisez pas votre système de fixation des lames, sauf à vouloir inciter à la surconsommation, ce qui me surprendrait’’. Réponse quasi-immédiate : ‘’nous tenons à vous remercier d’avoir pris le temps de nous écrire et de partager avec nous votre expérience positive’’ !

Dans un article publié l’an dernier dans les Echos, on apprenait qu’en 30 ans, la fréquence du rasage chez les hommes, en France, avait diminué de moitié : de quotidienne à tous les deux jours. Conséquence : une baisse du chiffre d’affaires du secteur des lames et des rasoirs : moins 2,8% en 2018, après un recul de 6% l’année précédente.

La confusion qui règne dans les rayons dédiés au rasage n’aurait donc d’autre but que de ralentir l’érosion des ventes, dans un pays où les garçons ont pris l’habitude de se laisser pousser la barbe. Mais après tout, cette incitation au gaspillage est-elle si surprenante ? S’il est un objet qui symbolise la civilisation du tout jetable, c’est bien le rasoir. Depuis 1975, plus de 60 milliards de rasoirs Bic ont été vendus dans le monde, ce qui fait autant de déchets plastiques en plus.

Il faut néanmoins nuancer cet acte d'accusation. Car en matière d’attrape-nigaud, les marchands de mousse à raser ne sont pas non plus manchots. Vous ne viendrez jamais tout à fait à bout d’un aérosol : il n’y a jamais assez de gaz pour en extraire toute la mousse. A cet égard, j’ai décidé cet été, afin de réduire le poids de mes déchets, de privilégier l’usage du blaireau et du savon d’Alep : beaucoup plus économique. Il faut juste s’habituer à l’odeur que le mélange de l’un avec l’autre dépose sur votre peau : comme un relent d’écurie.

J’en étais là de mes réflexions contre le cartel des vendeurs de rasoirs, lorsque je suis tombé sur un article de Courrier international, consacré aux travaux d’un chercheur en métallurgie du MIT. Son sujet : l’usure accélérée des lames. L’étude vient d’être publiée dans la revue Science : d’où il ressort que, bien que 50 fois moins dur que l’acier inoxydable dont on fait les lames de rasoir, le poil de barbe le met à rude épreuve : ‘’un seul suffit pour y faire une entaille. Or dès qu’elle est ébréchée, la lame devient plus fragile’’.

On apprendra peut-être un jour que l’étude a été commanditée par l’industrie du rasage, mais désormais, peu me chaut. Puisqu’il nous faut vivre en dissimulant notre visage, profitons-en pour tenter des expériences.  Adieu rasoirs : je me laisse pousser la moustache !

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