LE DIRECT
En Alberta se joue la plus grande ruée vers l’or noir de l’ère moderne (photo extraite du livre ''Contaminations'')

Impact, Contaminations, Anthropocène

3 min
À retrouver dans l'émission

La Terre est pleine de cicatrices. Deux livres récents de photographie et un film bientôt en salles en témoignent.

En Alberta se joue la plus grande ruée vers l’or noir de l’ère moderne (photo extraite du livre ''Contaminations'')
En Alberta se joue la plus grande ruée vers l’or noir de l’ère moderne (photo extraite du livre ''Contaminations'') Crédits : Samuel Bollendorf

’Un lac sans eau, uniquement composé de déchets toxiques, où l’air est irrespirable. Les berges sont molles et des filaments marron restent collés aux semelles. On l’appelle le Trou Noir’’. Bienvenus à Djerzinsk, ancienne capitale de la chimie. Nous sommes en Russie, ex Union soviétique, et notre guide est photographe. Samuel Bollendorf a parcouru le monde pour documenter, avec ses images et ses mots, ‘’ces pollutions industrielles irrémédiables’’, qui font que la vie a fini par s’échapper de nombreux territoires. Des habitants continuent pourtant d’y vivre, victimes expiatoires d’une industrialisation compulsive, dont se souviennent les survivants, dans le très beau livre ‘’Contaminations’’.

C’est encore en Russie, à Norilsk, au nord du cercle polaire arctique, que nous entraine le film ‘’Anthropocène’’, qui sort au cinéma le 20 novembre prochain. Norilsk est en compétition avec Djerzinsk pour le titre de ville la plus polluée du pays. Ce jour-là, c’est la fête de la métallurgie. On devine que c’est un des rares moments de divertissement pour les ouvriers de la fonderie, d’habitude confinés dans leur usine qui rappelle les profondeurs de la Métropolis de Fritz Lang.

Trente après la chute du mur, les images fortes de ces oeuvres témoignent de la catastrophe écologique que fut l’expérience communiste à l’Est.  Mais le système capitaliste peut-il revendiquer un meilleur bilan ? Au palmarès des outrages faits à la Terre, on aurait bien du mal à départager les deux blocs. A ceci près que l’un a quasiment disparu, quand l’autre est toujours en place.

Samuel Bollendorf est aussi allé au Canada, ce pays si vert en apparence, ‘’où se joue la plus grande ruée vers l’or noir de l’ère moderne’’. Une partie de l’Etat de l’Alberta a été transformée en vaste zone industrielle. ‘’Pour exploiter ces mines à ciel ouvert, les forêts ont été rasées’’, ‘’des rivières détournées et polluées’’, ‘’la neige et le ciel virent au jaune’’ : on est frappé, sur les photos, par la nudité de certains paysages.

Des paysages agressés, striés de plaies profondes. La Terre est pleine de cicatrices. A sa surface, des excavateurs géants, machines effrayantes, lui arrachent la peau, lui dessinent d’immenses crevasses. C’est aussi la force du film ‘’Anthropocène’’ que de montrer, avec une économie de mots, les assauts de la technologie contre la nature. Ainsi ces images impressionnantes de la mine de Carrare en Italie, d’où est extrait le marbre à partir duquel seront sculptés des statues de forme humaine.

Comme l’écrit Alex McLean dans son livre ‘’Impact’’, ‘’au fil du temps, le changement climatique reconfigurera la surface de la Terre, en laissant les traces spectaculaires des inondations, de l’érosion, des sols desséchés, de la désertification et des vestiges de cendre des feux de forêt’’. Alex McLean est lui aussi photographe. Il documente depuis des années la catastrophe écologique en cours, causée par l’érosion liée aux activités humaines. Dans son dernier livre, il survole la côte des Etats-Unis, du Maine jusqu’à la Floride et de la Floride jusqu’au Texas, pour rendre compte de l’inexorable montée des eaux, de son impact sur certaines zones d’habitation, aujourd’hui encerclées par la mer.

Je vous épargne le refrain connu sur la puissance des images. Si j’ai choisi de vous parler de ces trois œuvres en même temps, c’est parce qu’elles prennent le contrepied de ce qui se fait d’habitude pour alerter le public sur les atteintes à l’environnement. Il ne s’agit pas de montrer à quel point la planète est belle, à la manière de ‘’La Terre vue du ciel’’ de Yann Arthus Bertrand, mais à quel point elle souffre, blessée par la terraformation, qui vise à modifier les caractéristiques d’une planète pour la rendre habitable. C’est la force de ces photographies et de ce cinéma que de nous faire entendre cette souffrance.

Chroniques

8H50
5 min

La Théorie

Qui a peur des femmes photographes ?
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......