LE DIRECT
plus que 100 secondes avant la fin du monde

J'aime pas la fin du monde

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans cette chronique, il est question de la fin du monde. Un conseil : dépêchez-vous de la lire...

plus que 100 secondes avant la fin du monde
plus que 100 secondes avant la fin du monde Crédits : mrs - Getty

Profitez-bien de cette chronique. Avant même qu’elle ne soit terminée, la planète aura fait pschiit, la fin du monde aura eu lieu. Car il ne nous reste plus que 100 secondes (un peu moins à présent) avant l’Apocalypse. 

Chaque année, à la même date, la Doomsday clock, littéralement l’horloge du Jugement dernier, rend son verdict. Elle calcule le temps qui nous sépare de notre autodestruction. Ceux qui en gèrent le mécanisme ne sont pas des illuminés millénaristes, mais des scientifiques (c’est dire si c’est sérieux).

Est-il nécessaire de préciser qu’il ne s’agit pas d’une véritable horloge, mais d’une allégorie ? Le but est moins de calculer le temps qu’il nous reste effectivement à vivre que de représenter de manière symbolique l’ampleur des dangers qui nous menacent. Plus les aiguilles se rapprochent de minuit, plus la situation est grave et désespérée.

L’horloge n’a pas attendu le réchauffement climatique pour voir le jour. L’idée date de 1947, on la doit à une revue scientifique américaine, spécialisée dans les questions liées aux armes nucléaires. C’est le début de la guerre froide, en pleine escalade : "J’ai la bombe, la mienne est plus grosse, oui mais moi j’en ai plus, etc." En 1953, la tension est telle entre l’Ouest et l’Est que l’horloge marque 23h58, à deux minutes de la fin du monde.

Elle ne s’en était jamais rapproché davantage depuis… jusqu’à cette année. Il est désormais 23h58 minutes et 20 secondes nous ont appris hier après-midi les horlogers de l’Apocalypse, lors de leur cérémonie annuelle, à Washington. A 1 minute 40 de la fin, en raison de deux menaces persistantes : les tensions autour du nucléaire et le dérèglement climatique.

Pour les scientifiques à l’origine de ces savants calculs, la Doomsday clock aurait pour vertu d’alerter le grand public et de l’inciter à faire pression sur les dirigeants politiques. Ma théorie, c’est qu’ils nous prennent un peu pour des imbéciles.

D’abord parce que si le procédé était véritablement efficace, on en aurait vu le résultat depuis 1947. L’horloge est vieille de plus de 70 ans désormais, le nombre de puissances nucléaires se comptait au départ sur les deux doigts d’une seule main, elles sont désormais près d’une dizaine : pour ce qui est de faire pression, on repassera.

Ensuite parce que la méthode utilisée est assez infantilisante. Passons sur le cérémonial de l’annonce, un peu ridicule : l’horloge est cachée sous un voile, ta-da-dam, le voile tombe, le cadran et les aiguilles apparaissent. C’est surtout la simplicité du message qui confine à la condescendance : ‘’Alors là les enfants vous voyez, la grande aiguille est ici, mais si elle va jusque là, la Terre va être très très triste’’. En 2020, on est peut-être capable d’assimiler un message plus complexe.

A moins que celui-ci ne s’adresse avant tout aux journalistes, ce qui pourrait expliquer qu’il soit aussi sommaire. Car il est assez stupéfiant de constater de quelle manière les conclusions annuelles de cette Horloge de la fin du monde sont reprises sans la moindre distance critique dans la plupart des médias : ‘’Nous sommes à 1 minute 40 de la fin du monde ? ok, d’accord, je le note !’’ Comme quoi, il suffit que les collapsologues ne parlent pas de collapsologie pour être pris au sérieux.

Il y aurait pourtant bien des questions intéressantes à poser à nos amis horlogers : si la fin du monde a lieu à minuit, est-ce que cela signifie que le début du monde commence à 0 heure et 1 seconde ? Depuis que l’horloge existe, il n’a jamais été plus tôt que 23h43 (c’était en 1991, après la fin de l’URSS) : mais imaginons qu’elle remonte jusqu’à 22h10 : cela signifierait quoi ? Que nous sommes débarrassés des armes nucléaires ? Et à 19h35 ? que nous avons atteint la neutralité carbone ? Et à 8h45, à l’heure où démarre cette chronique, le monde ressemblerait à quoi à 8h45, c’est-à-dire plus de 15h avant l’Apocalypse ? Y aurait-il encore des humains sur Terre ? Ca fait peur non ?

J’aime pas la fin du monde !

Chroniques

8H50
3 min

La Théorie

Statues, plaques et noms de rues entrent dans le XXIe siècle
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......