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‘’Inutile de dire merci (par Internet), ça réchauffe la planète’’ Financial Times

Ne me dites pas merci

3 min
À retrouver dans l'émission

La politesse numérique est un vilain défaut. Trop de smileys polluent la planète. Il est nécessaire de réfléchir à nos usages.

‘’Inutile de dire merci (par Internet), ça réchauffe la planète’’ Financial Times
‘’Inutile de dire merci (par Internet), ça réchauffe la planète’’ Financial Times Crédits : Ansgar Schwarz / EyeEm - Getty

Imaginez à quoi auraient ressemblé ‘’Les liaisons dangereuses’’ si les règles de politesse au XVIIIe siècle avaient été les mêmes qu’aujourd’hui. Le manège amoureux entre le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil en eut été considérablement ralenti. Car plutôt que de s’adresser de longues lettres, ils auraient échangé de manière compulsive des quantités astronomiques de messages aussi brefs qu’inutiles : merci, merci à vous, de rien, à bientôt, pouce levé, bisous, émoticône sourire, émoticône avec un cœur…chaque message ayant pour effet de freiner l’intrigue eu égard au temps nécessaire pour l’acheminer.

Ainsi va la cordialité des échanges au temps des sms, des mails et des messageries instantanées : c’est à qui enverra le dernier smiley. Et il vous est sans doute arrivé de vous étonner lorsqu’après avoir posté un message qui n’attendait pourtant pas de réponse, vous ne recevez ni merci, ni rien d’autre en retour. Que se passe-t-il ? Est-ce que j’ai fait une boulette ?

Et bien dans ce cas précis, peut-être avez-vous tout simplement affaire à une personne engagée dans la sobriété numérique. Car l’excès de politesse a un impact environnemental. Selon l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, le numérique pèse pour 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et la forte augmentation des usages laisse présager un doublement de cette empreinte carbone d’ici 2025. Dès lors, ‘’inutile de dire merci (par Internet), ça réchauffe la planète’’ comme le titrait un article récent du Financial Times, publié par Courrier international.

Evidemment, il ne faut pas prendre ce genre d’injonction au pied de la lettre. L’impact de chacun de vos émoticônes et autres gifs est infinitésimal : vous aurez beau cesser d’en envoyer à tout bout de champ, ça ne changera pas grand-chose au problème de réchauffement global, et vous risquez même d’y perdre quelques amis. Mais cela ne doit pas dispenser pour autant d’une réflexion individuelle sur les usages numériques.

C’est ce que suggère le think tank The Shift Project dans une étude publiée le mois dernier : Déployer la sobriété numérique. Ses auteurs prennent l’exemple de l’autoplay, cette fonction qui permet de déclencher automatiquement les vidéos lorsqu’on navigue sur internet. Désactiver cette fonction n’engendre qu’une économie marginale sur la consommation directe d’énergie, mais cela permet de faire la différence entre le contenu que je consomme par envie et celui que je consomme par automatisme. Idem pour la résolution des vidéos : de quelle qualité d’image ai-je besoin pour que mon expérience soit satisfaisante ?

Toute la difficulté consiste ensuite à transformer cette réflexion individuelle en une démarche collective. Pourquoi consomme-t-on autant de contenus numériques ? Est-il nécessaire de changer si souvent d’ordinateur ou de téléphone ? Qu’est-ce qui nous est indispensable, dont nous ne pourrions pas nous passer si jamais nous devions réduire notre consommation ? Voilà des questions qui auraient pu être posées par exemple avant d’entamer le déploiement de la 5G.

Ce qui est intéressant dans l’étude du Shift project, c’est qu’il n’est pas question, au nom de la lutte contre le changement climatique, de tout rejeter en bloc, de revenir à une préhistoire du numérique. Ce serait aussi illusoire que contre-productif dans la mesure où ce secteur, s’il a bien un impact en termes d’émissions de CO2, est aussi un outil au service de la transition vers une société bas carbone. Prenons un exemple basique : je fais cette chronique à distance, de chez moi, à partir de mon smartphone. Cela pollue moins que si j’avais pris une voiture pour venir la faire en studio.

Voilà qui va m’enlever quelques scrupules au moment de la publier sur internet, puis sur Twitter et Facebook. Et malgré tout ce que je viens de vous dire, n’hésitez pas à la liker mais ne m’en voulez pas si je ne vous dis pas merci.

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