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avec la 5G, tout sera beaucoup plus rapide, mais est-ce vraiment nécessaire ?

La 5G en France : d'accord, mais pourquoi ?

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Opinions |La 5G va commencer à être déployée en France en 2020, mais sans que cette technologie fasse l'objet d'un débat préalable.

avec la 5G, tout sera beaucoup plus rapide, mais est-ce vraiment nécessaire ?
avec la 5G, tout sera beaucoup plus rapide, mais est-ce vraiment nécessaire ? Crédits : TommL - Getty

Les révolutions ayant toutes (ou à peu près toutes) échoué, je suis naturellement enclin à m’en méfier, surtout lorsque celles-ci sont annoncées à grands coups de tambours et de grosses caisses. Ainsi la 5G.

Pauvres petits humains qui croyiez avoir atteint les sommets du haut débit avec la 4G, vous n’aviez encore rien vu. En passant du niveau 4 au niveau 5, vous ne changerez pas seulement d’étage, mais de civilisation : objets connectés, voitures autonomes, robots en tout genre. La 5G va rendre tout dix fois plus rapide : le temps de connexion, le temps de téléchargement, le temps de latence, c’est-à-dire la durée qui sépare l’ordre de son exécution : elle va nous faire entrer dans l’ère de la simultanéité.

Ça, c’est la promesse publicitaire, et sans doute vraie, de cette technologie, dont le déploiement doit commencer cette année en France, pour une couverture totale du territoire d’ici 2030. Les opérateurs ont jusqu’à mardi prochain pour candidater auprès du régulateur des télécoms.

En début de semaine, deux associations ont déposé des recours devant le Conseil d’Etat, pour s’opposer à son déploiement. Elles mentionnent les risques pour la santé, qui restent à démontrer, et les risques pour l’environnement, qui eux sont incontestables. Pour une raison toute simple : pour bénéficier des services de la 5G, vous devrez changer de téléphone portable, celui que vous avez dans votre poche étant voué à rejoindre le Minitel au musée des inventions disruptives ayant été disruptées. 

Renouvellement complet du stock : des téléphones tout neufs, donc toujours plus d’extraction de minerai pour les fabriquer, ‘’ce qui conduit notamment à la destruction d’écosystèmes et à de multiples pollutions de l’eau, de l’air et des sols’’ comme le note l’Ademe dans un dossier consacré au sujet. Et ce qui vaut pour les smartphones vaut pour les autres objets connectés.

Mais ce n’est pas seulement l’impact environnemental qui pose question. C’est plus fondamentalement l’utilité de la 5G qui devrait être questionnée. Pour une raison simple : puisqu’il s’agit de révolutionner les usages, les usagers mériteraient d’être consultés. La 5G va par exemple permettre d’accélérer la robotisation des tâches : est-ce une bonne chose pour le monde du travail ? Elle va faciliter les opérations chirurgicales à distance : est-ce que ça ne risque pas d’augmenter les déserts médicaux ?

Comme l’écrivent le politologue Yves Sintomer et l’historien Christophe Bonneuil dans la préface du livre de Richard Sclove’Choix technologiques, choix de société’’, ‘’les systèmes techniques sont des structures politiques en ce sens qu’ils ouvrent et contraignent les choix de vie et d’organisation qu’une société peut se donner’’. Il est donc légitime que la société en débatte.

Mais au-delà de cette question démocratique à laquelle nous confronte cette transition technologique, il y a une dimension plus philosophique : celle de notre rapport au temps. De la même manière que dans un fameux sketch de Coluche, les nouvelles lessives lavaient plus blanc que blanc, la 5G nous promet de faire les choses plus vite que vite.

Or la vitesse ne fait pas forcément gagner du temps. Prenez cette formidable invention qu’a été Internet, et une de ses extensions : les messageries électroniques. Le mail a progressivement remplacé le courrier papier : c’est beaucoup plus rapide. Mais en échange, avez-vous davantage de temps libre ? Ou bien, comme c’est mon cas, passez-vous une partie de votre journée à trier vos messages ? 

Le gain de vitesse de connexion est un progrès, mais un progrès chronophage. Qui va à l’encontre de ce que suggèrent la plupart des penseurs de l’écologie (et pas seulement d’ailleurs) à savoir l’urgence d’une décélération.

Il ne s’agit pas de s’opposer par principe aux nouvelles technologies. Il s’agit d’interroger le principe selon lequel toute innovation serait une avancée sociale. Comme le dit le chercheur en informatique Michel Baudouin-Lafon dans une article d'Up Magazine, ‘’il faut que nous soyons clairs sur le rôle que l’on veut faire jouer aux technologies. Ce n’est pas l’homme qu’il faut mettre dans la boucle, c’est la machine qui doit rentrer dans la logique humaine et sociale’’

Sommes-nous sûr que ce soit bien le cas avec la 5G ? 

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