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de quel côté va pencher la justice ?

La balle est dans le camp de la justice

3 min
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La justice suisse vient de donner raison à des militants écologistes poursuivis pour avoir occupé une banque. Les juges sont-ils les meilleurs auxiliaires de la lutte contre le changement climatique ?

de quel côté va pencher la justice ?
de quel côté va pencher la justice ? Crédits : Westend61 - Getty

Dans la grande famille des angoissés du climat, c’est un peu comme entre les Montaigu et les Capulet : deux camps apparemment irréconciliables s’opposent. D’un côté, celui des Petits pas, qui n’attendent plus grand-chose des politiques, et se persuadent qu’en additionnant les gestes individuels, on peut changer le monde. De l’autre, celui du Grand soir, pour qui le salut ne peut pas venir seulement d’en bas, pour que ça change vraiment, il faut, directement ou indirectement, s’emparer du pouvoir.

Il existe pourtant un terrain d’entente sur lequel Petits Pas et Grand Soir peuvent se retrouver : on a tendance à le négliger mais ce terrain, c’est celui du droit.

L’actualité vient de nous en fournir un exemple. Elle suppose d’aller faire un tour en Suisse, au pays de Roger Federer (vous verrez dans un instant qu’il n’est pas là tout à fait par hasard). Direction Renens, dans l’agglomération de Lausanne, son Tribunal de police, son juge et sa douzaine de prévenus, des ‘’militants du climat’’, qui comparaissaient pour avoir occupé les locaux de Crédit Suisse, en vue de dénoncer les investissements peu écologiques de la vénérable institution. Un outrage, presque une profanation tant le groupe bancaire est constitutif de l’identité nationale, un peu comme si les Anglais avaient envahi Buckingham Palace pour une partie de fléchettes.

Entendons-nous bien sur la nature helvétique de cette occupation : à la Spaggiari, ‘’sans armes, ni haine, ni violence’’. Mais avec des balles neuves.  Oui car les militants, déguisés en joueurs de tennis, avaient improvisé un match dans les locaux de la banque, pour attirer l’attention sur un des champions qu’elle sponsorise : Federer !

Lundi, ils ont été acquittés, au terme d’une audience que le journal Le Temps qualifie d’historique. Et il y a de quoi en effet utiliser les superlatifs. Non pas que le jugement final soit surprenant : voir les militants sortir menottés du tribunal l’aurait été bien davantage.

Mais ce sont les attendus du juge qui en garantissent l’exceptionnalité. Ecoutez bien ce qu’il dit : ‘’Les témoignages des experts montrent que le réchauffement climatique est causé par les émissions humaines (...) L’existence d’un danger doit donc être retenue (...) Réunir 20 individus sur le trottoir, même devant Crédit Suisse, n’aurait pas eu l’impact déclenché par ce procès. La façon de procéder était donc la seule susceptible d’obtenir ce retentissement (...) Le climat touche à la santé et à la vie alors que le lésé n’a été empêché que d’user comme il l’entend de son domicile. La pesée d’intérêts va en faveur des prévenus. J’en conclus que l’acte incriminé était nécessaire et proportionné’’.

Vous avez bien entendu : un juge considère que la cause climatique, non pas excuse, mais justifie l’occupation d’un établissement privé, en l’occurrence un établissement bancaire. Ce qui revient à reconnaître que les militants poursuivis n’avaient pas d’autre choix que d’investir Crédit suisse pour se faire entendre.

Le hasard veut qu’hier, à l’inverse, deux militants écologistes français ont été condamnés, en appel, pour avoir décroché des portraits d’Emmanuel Macron qu’ils entendaient interpeller sur son inaction climatique. En première instance, le tribunal correctionnel de Lyon les avait pourtant relaxés, jugeant leur action légitime car relevant de ‘’l’état de nécessité’’.

On peut débattre de l’utilité immédiate de ce genre d’actions individuelles. Mais ce qui est intéressant, c’est de voir comment elles conduisent le climat à devenir un sujet de droit, et la justice à endosser une responsabilité inédite : juger la légitimité d’actions politiques au regard de l’ampleur de la crise climatique. J’ignore si la connaissance de l’environnement fait partie de la formation des magistrats mais il est probable qu’ils auront de plus en plus souvent l’occasion de se prononcer sur ces questions. Comme dirait Roger Federer, la balle est dans leur camp.

par Hervé Gardette

Chroniques

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