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à la campagne, on peut faire des grands gestes alors qu'en ville, on peut pas

La campagne, une certaine idée de la ville

4 min
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La ville serait un enfer, la campagne un paradis : mais est-on obligé de souscrire au mirage de l'exode urbain ?

à la campagne, on peut faire des grands gestes alors qu'en ville, on peut pas
à la campagne, on peut faire des grands gestes alors qu'en ville, on peut pas Crédits : Arman Zhenikeyev - Getty

Je n’ai rien contre la campagne, ni contre celles et ceux qui y vivent. J’y ai moi-même un peu grandi. J’éprouve une sincère sympathie pour les auditrices et les auditeurs qui, en ce moment même, écoutent cette chronique allongés dans l’herbe fraiche, à l’ombre d’un cerisier, le regard perdu dans des champs de blé à perte de vue. Mais quitte à passer pour un dingue…je vais quand même rester à Paris.

Avant le confinement, le statut d’individu évoluant en milieu urbain, a fortiori dans la plus grande ville de France, provoquait déjà chez les non-parisiens d’obédience rurale une moue composée pour moitié de pitié, pour moitié de dégoût. Mon pauvre ami, mais comment faites-vous avec tout ce bruit, cette pollution, ces attentats, ces grèves, comment faites-vous pour supporter tout ça ?

Avec l’épidémie est venue s’ajouter une nouvelle couche de commisération : ahlalalala, ça doit pas être facile pour vous, entassés dans ces petits appartements, avec ce virus. Et ces files d’attente devant les supermarchés. Nous ? Nous, on n’est pas à plaindre, on a de la chance, on mange les bons produits de la ferme, on vit à la campagne !

Une sympathique auditrice m’a même envoyé un texte qu’elle a publié sur le site de Libération, ‘’Lettre d’une néorurale aux candidats à l’exode urbain’’, dans lequel, sans doute pour me remonter le moral, elle m’explique ‘’qu’il n’y a plus rien à construire en ville’’, que ‘’la ville arrogante est à genoux’’, que ‘’la campagne humiliée revit’’ et qu’’’après la canicule de l’été dernier, la pandémie, finalement, c’est ça vivre en ville, devoir fuir à chaque menace, tous les 6 mois’’.

Chère Claire (c’est son prénom), merci pour cette gentille lettre mais je vais bien, j’ai passé la canicule de juillet dernier dans un gite rural du Beaujolais, il faisait tellement chaud dans la maison qu’on aurait pu y cuire du pain…si cuire du pain avait déjà été à la mode. Du moins à l’intérieur n’entendait-on pas trop le bruit des tracteurs.

Je provoque mais je suis un peu lassé de cette opposition stérile entre l’urbain et le rural. Vivre à la campagne, pourquoi pas, mais en faire un idéal, voire une injonction, voilà qui parait peu convaincant, ne serait-ce qu’en termes de conséquences sur l’aménagement du territoire. 

C’est l’objet d’une tribune que vient de signer l’urbaniste Magali Talandier pour le journal Le Monde, et dans lequel elle imagine à quoi ressemblerait la France si elle revenait à la répartition démographique de la fin du XIXe siècle : la ‘’dédensification des villes entraînerait mécaniquement un retour massif vers les espaces ruraux, en plaine comme en montagne. La population rurale doublerait. Il faudrait, par exemple, construire 40 immeubles de 8 étages dans la petite ville de Murat dans le Cantal pour assurer cette transition néorurale’’. Je connais des Cantalous à qui ça ne ferait pas plaisir.

Cette lecture dualiste qui oppose ville et campagne ne résiste d’ailleurs pas si bien à l’épidémie de coronavirus. C’est qu’explique un autre urbaniste, Marco Cremaschi, dans un article publié sur le site Métropolitiques, et dans lequel il s’intéresse à la région de Bergame en Italie. ‘’Ni métropole, ni campagne’’, elle a été ‘’l’un des foyers les plus actifs du virus en Europe’’, ce qui indique que ‘’la densité n’est plus la bonne mesure. Il semble que la sociabilité augmente les contacts sociaux qui répandent le virus’’.

’On pourrait même’’ ajoute Marco Cremaschi ‘’émettre l’hypothèse contraire, selon laquelle le modèle métropolitain est plus efficace dans la gestion des distances sociales, et sa gouvernance plus résiliente face au risque de propagation liée à la sociabilité de province : les distances physiques sont mieux respectées…et si les nœuds de transports y sont plus fréquentés, la mobilité des habitants des campagnes s’étale sur des échelles bien plus vastes’’.

Je n’ai rien contre la campagne ni contre celles et ceux qui y vivent mais je vais rester à Paris. Sur ce, je vous laisse, j’ai mes vacances d’été à réserver. Au fait, vous ne connaitriez pas l’adresse d’un gîte rural ?

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