LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
y a pas d'âge pour s'intéresser à l'environnement

La jeunesse n'existe pas, je l'ai rencontrée

5 min
À retrouver dans l'émission

Les jeunes se mobilisent pour le climat, ce sera encore le cas ce jeudi à Bruxelles. Mais sont-ils représentatifs de toute la jeunesse ? Et à qui profite cette mobilisation ?

y a pas d'âge pour s'intéresser à l'environnement
y a pas d'âge pour s'intéresser à l'environnement Crédits : Cecilie Arcurs - Getty

Si la jeunesse est l’avenir de l’humanité, le One Young World Summit en est son avant-garde éclairée. Ce ‘’Forum de Davos des Jeunes’’ s’est ouvert avant-hier à Londres. Depuis une dizaine d’années, il réunit par centaines les futurs leaders planétaires autour de préoccupations comme l’éducation, les violences sexuelles, et bien sûr le climat.

Jeunes. Climat. Vous me voyez venir : je vais encore vous parler de Greta. Oui, mais ce sera bref, juste pour rebondir sur cette incongruité relevée par The Guardian, à savoir que la militante la plus connue aujourd’hui du combat environnemental est une gamine de 16 ans. Comme le dit dans le journal la cofondatrice du One Young World Summit, ‘’au cœur de chaque menace mondiale se trouve un échec du leadership’’, il n’est pas normal en soi qu’une adolescente soit investie d’une telle responsabilité.

On pourrait même parler de surinvestissement, par les générations précédentes, de la jeunesse toute entière, sur ces questions climatiques. Le jeune est érigé en exemple à suivre, en citoyen modèle, ou en contre-modèle par les vieux grincheux, ce qui au final revient au même puisque ce surinvestissement conduit à un travers : celui de son essentialisation. La jeunesse serait un bloc monolithique, une addition de Greta, une entité poussée irrésistiblement vers la même direction. Evidemment, ça n’est pas le cas.

La réalité est plus complexe, on le saisit en allant voir le documentaire Nos défaites, actuellement en salles. Le réalisateur Jean-Gabriel Périot a travaillé avec une classe de lycéens, leur faisant rejouer des scènes de films militants comme La Chinoise de Godard, La Salamandre d’Alain Tanner ou La reprise du travail aux usines Wonder. Les élèves s’y révèlent particulièrement doués, mais lorsque le réalisateur les interroge sur leur rapport à l’engagement, à la politique, pour la plupart, c’est la panne sèche. Quelques mois plus tard, les mêmes élèves finiront pourtant par se mobiliser en solidarité avec certains des leurs, punis pour avoir taggé un mur du lycée.

J’ai appelé la sociologue Anne Muxel pour en discuter. Elle est spécialiste des mouvements de jeunesse, elle observe que dans cette classe d’âge, l’enjeu écologique vient se substituer à d’autres revendications, plus sociales. Mais elle fait pour l’instant le constat que les mobilisations actuelles passent par des ressorts plus émotionnels que politiques : ‘’Quand il s’agit de passer au vote, cela devient beaucoup plus ténu’’.

En 2018, une étude du Commissariat général au développement durable faisait même le constat suivant : ‘’les 20-30 ans seraient moins sensibles à l’environnement que la génération précédente au même âge’’, à l’inverse, les plus de 57 ans seraient ‘’ceux qui réalisent le plus de gestes environnementaux et se sentent le plus impliqués dans la protection de l’environnement’’. On apprenait dans la même étude que le climato-scepticisme avait aussi de nombreux adeptes chez les jeunes.

Pour afficher ce contenu Scribd, vous devez accepter les cookies Mesure d'audience.

Ces cookies permettent d’obtenir des statistiques d’audience sur nos offres afin d’optimiser son ergonomie, sa navigation et ses contenus. 
Gérer mes choix

Il ne s’agit pas d’en tirer des conclusions inverses, mais plutôt d’essayer de comprendre pourquoi la diversité d’opinions et de parcours de la jeunesse est à ce point gommée dans la façon dont elle est mise en scène, à travers les mobilisations pour le climat.

Au printemps, le magazine Socialter posait la question dans un excellent article, ‘’La jeunesse française est-elle vraiment engagée pour le climat ?’’ : ‘’si les jeunes qui se mobilisent ne sont pas représentatifs, et que leur climato-scepticisme est élevé, alors pourquoi les médias insistent-ils tant à coller une étiquette jeune au combat pour la préservation du climat ?’’

La meilleure réponse est celle du journaliste Vincent Cocquebert, auteur de Millennial Burn-Out. X, Y, Z... Comment l’arnaque des « générations » consume la jeunesse(Arkhê éditions) :’La jeunesse est un fantasme, une construction sociale’’, elle est ‘’instrumentalisée pour incarner des combats’’. Associer la sauvegarde du climat aux jeunes, c’est ‘’une façon de refiler la patate chaude aux générations qui suivent’’.

Bref, faire des jeunes les seuls porte-drapeaux de la lutte pour le climat nous permettrait de nous en dispenser. C’est justement ce que dénoncent les adolescents qui vont marcher aujourd’hui à Bruxelles

par Hervé Gardette

Chroniques
8H50
4 min
La Théorie
"Au nom de la terre", l'hymne de nos campagnes?
L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......