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la transition écologique, un parcours d'équilibriste

La ligne de crête

3 min
À retrouver dans l'émission

Déjà 100 chroniques, l'occasion de dresser un premier bilan : difficile de trouver le bon équilibre.

la transition écologique, un parcours d'équilibriste
la transition écologique, un parcours d'équilibriste Crédits : Christoph Jorda - Getty

Une règle propre au journalisme veut que le meilleur moyen d’éprouver sa neutralité soit de se frotter au conflit israélo-palestinien. Si vous recevez, à parts égales, des insultes de l’un et de l’autre camp, c’est que vous avez plutôt bien fait votre travail.

On n’en est pas encore là avec la transition écologique, mais j’ai bien senti, depuis le début de cette chronique, qu’il fallait souvent marcher sur un fil. Comme le relevait Marcel Gauchet invité des Matins lundi 24 février, s’il y a un consensus sur l’objectif à atteindre, à savoir une société décarbonée, la question des moyens pour y arriver est un pur sujet de tensions. Il suffit de parler de nucléaire comme je l’ai fait hier, ou de transport aérien, comme en octobre dernier, pour que les esprits s’échauffent.

Pour autant, je ne partage pas l’inquiétude de l’auteur du Désenchantement du monde : que les questions autour de l’écologie divisent est plutôt sain, c’est la démonstration qu’il ne s’agit pas d’un simple sujet technique, mais d’un véritable enjeu de société. Après avoir été biberonnés pendant des années à la fin des idéologies, voilà enfin une bonne raison de nous enthousiasmer, même si la ligne de crête n’en est que plus étroite pour trouver le bon équilibre dans le traitement du sujet.

Dans la vie quotidienne, cette question de la distance avec son objet se pose en termes radicalement différents. Ici, point d’équilibre. La conversion aux bonnes pratiques écologiques suppose qu’on s’y engage pleinement. Mais choisir son camp et y rester n’est pas si simple. J’évoquais le mois dernier les signes de ma propre radicalisation, cette addition de nouveaux réflexes qui me conduisent à tout repeindre en vert. Pour être honnête, mon ralliement n’est pas définitif. Mon Dieu, pardonnez-moi, car j’ai péché.

Il faut dire que, pratiquée à haute dose, la consommation de légumes du marché est une occupation monotone, surtout en cette saison. Poireaux, chou-fleur, potimarron, panais... topinambours ! On s’était enthousiasmé pour le retour des légumes oubliés, on comprend mieux pourquoi ils l’avaient été.

Je n’ai jamais mis les pieds dans un sex shop mais je crois savoir ce que certains peuvent ressentir lorsqu’ils en franchissent le seuil, profitant de l’obscurité, après avoir bien vérifié que personne ne les a vus entrer. J’ai cette sorte de boutique à l’angle de ma rue : un magasin spécialisé dans les plats surgelés, plein de viande, de sel, de plastique. Putain, qu’est-ce que c’est bon !!

Presque aussi bon que le papier bulle dans lequel a été emballé le livre que vous avez eu la flemme d’aller acheter en librairie alors que c’est si facile en ligne ; presque aussi bon que de bombarder de gifs vos followers sur les réseaux sociaux alors que vous savez les méfaits de la pollution numérique. Et ce petit blouson en soldes, dont vous n’aviez tellement pas besoin mais dont vous aviez tellement envie.

J’ai péché en pratique, j’ai péché en pensée. Il est vrai qu’il avait plu la veille de notre virée à Notre-Dame des Landes, il faisait froid, le sol était glissant et gras, ma vocation de zadiste s’est arrêtée net en posant le pied sur la première planche du bâtiment en bois où nous attendaient nos hôtes. Je confesse même avoir eu un petit mouvement de recul - imperceptible j’espère - lorsque l’une des intervenantes nous a parlé de la ZAD comme d’’’un espace poreux à toutes les altérités’’. La start up nation n’a pas le monopole du charabia.

J’ai trois beaux-frères. Le premier (dans l’ordre d’arrivée dans la famille) est éleveur.  Les deux autres ingénieurs, l’un dans le pétrole, l’autre dans le nucléaire. J’ai hâte de les revoir : leur fréquentation va m’obliger à me ressaisir, on n’est jamais autant convaincu que dans l’adversité.

A moins qu’il ne faille admettre comme une fatalité cette sensation de décalage. Comme disait Albert Camus, ‘’dans ma société intellectuelle, je ne sais pourquoi, j’ai souvent l’impression d’être coupable, il me semble toujours que je viens d’enfreindre une des règles du clan’’.

par Hervé Gardette

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